L’aventure du professionnalisme (1/3)

La première aventure (1934-1938)

Le professionnalisme est introduit dans le monde du football en 1932 afin de mettre un terme à une hypocrisie : la rémunération de certains joueurs. Un championnat avec 20 clubs est mis en place. L’année suivante, d’autres clubs font la demande ce qui entraîne la création d’une deuxième division professionnelle. En 1933, le FC Rouen et le Havre AC passent professionnels. Des dirigeants du Stade Malherbe Caennais se posent alors la question de tenter cette expérience.

La commission football du Stade Malherbe planche sur la question au mois de février 1933. Ses travaux sont ensuite présentés devant le comité directeur qui adopte le principe de la création d’une section professionnelle en octobre 1933 par 14 voix pour, 5 contre et une abstention. Le jeudi 9 novembre, cette décision est définitivement entérinée par une assemblée générale extraordinaire du club. Le vote est sans appel : 88 pour, 30 contre et 3 bulletins blancs. Ce vote entraîne la démission du président – Ernest Benoit du Rey – fortement opposé au professionnalisme, comme d’autres dirigeants tels Henri Prestavoine. Mais, peu rancunier, il donne au club l’immeuble où son siège est établi.

Le comité directeur est chargé de la création de cette section professionnelle. Il a finalement peu de temps pour le faire car les inscriptions pour la saison 1934-1935 sont closes le 6 mars 1934. Le vendredi 23 février, le comité directeur entérine la création de cette section par 9 voix contre 5 et l’inscrit au championnat de la Fédération Française de Football Association. Le même jour, le conseil municipal de Caen – qui avait acquis les installations de Venoix – vote l’attribution d’un bail renouvelable de 6 ans en faveur du Stade Malherbe. La ville étant propriétaire de la piste cycliste, le club conserve ses droits sur les autres installations qui sont à sa charge. Ainsi, il décide de faire agrandir le terrain principal en vue de la future saison.

Le 14 mars 1934, la section professionnelle est créée et, une semaine après, un bureau est constitué qui porte Henri David, l’un des principaux mécènes avec son frère, à sa tête. Sa première mission est de récolter des fonds afin de constituer un capital d’au moins 100 000 francs. A la mi-avril, les souscriptions atteignent déjà 30 000 francs. Le 1er mai, François Konya, consul de la fédération de football de Hongrie est engagé comme entraîneur. Début mai, le club tient une assemblée générale afin de remplacer les démissionnaires et déçus du passage au professionnalisme. C’est Eugène Roy qui devient président et le trésorier n’est autre qu’Henri David, le président de la section professionnelle. Mais ce franchissement du « Rubicon » engendre rumeurs et jalousies tant et si bien qu’Henri David est obligé de publier dans la presse une mise au point à la mi-mai : 85 000 francs ont d’ors et déjà été récoltés dont 45 000 placés à la Caisse d’Epargne. Concernant les joueurs, le club ne peut les engager tant que la fédération n’a pas affilié le club.

Celui-ci est définitivement fixé sur son sort à la fin du mois de juin lorsque la fédération l’autorise à engager des joueurs professionnels. Le comité directeur fixe alors à François Konya l’objectif de constituer « une équipe de qualité capable de représenter dignement les couleurs régionales ». Les transferts sont ouverts le 1er juillet. 18 joueurs professionnels signent au club dont des titulaires du CA Paris, de l’Olympique de Marseille, de Mulhouse et de Sochaux. L’équipe ainsi constituée est présentée le 19 août lors d’un match d’entraînement contre le Racing-Club de Paris à Venoix (remporté 2-1). L’équipe type est composée de Meyer dans les buts (un international hongrois), de Lopez et Carabeuf en arrière, de Carbonnet, Frajt et Kittel en demi (milieu) et de Rhode, Falize, Delesse, Krebbs et Veyssade en attaque. Il faut savoir qu’à l’époque le 2-3-5 – le fameux WM – était le schéma de base du football ! Le premier match du championnat se déroule le dimanche 26 août contre le FC Metz et se solde par une victoire 1-0 avec un but de Krebbs.

Cette expérience se termine le 9 juin 1938 lors d’une assemblée générale extraordinaire du club. Même à l’époque, le professionnalisme requérait des fonds importants, le Stade Malherbe n’a pu constamment les rassembler. Il a fait appel aux mécènes, aux supporters mais rien n’y a fait : il manque trop d’argent pour faire fonctionner une équipe professionnelle.

Ouest Eclair 17 novembre 1933

Ouest Eclair 17 novembre 1933

article suivant

Historien, photographe, passionné de la ville de Caen, de football et des tribunes. Caution à peu près sérieuse de WAM.