La saga du stade de Venoix (5/8)

Et la lumière fut !

Le stade de Venoix est l’enceinte qui a le moins souffert de la guerre. Le stade Hélitas est très endommagé et les travaux de reconstruction ne débutent qu’en décembre 1946 pour se terminer…au début de l’année 1948.

Avec la fin des hostilités, la ville renégocie le bail avec le Stade Malherbe. Le club a déjà engagé beaucoup de frais pour remettre en état les équipements et la ville lui en sait gré. Par une délibération municipale du 29 novembre 1946, la ville reverse au club l’argent reçu du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme pour les travaux de restauration du stade. Le nouveau bail entre le club et la ville est signé en juin 1946 pour une durée de 18 ans. La durée n’est pas anodine car elle permet au club de bénéficier de subventions de la part du ministère de l’Équipement pour les infrastructures sportives. La ville devient désormais entièrement propriétaire des terrains, de la piste et des installations (et devient propriétaire de facto de toutes nouvelles constructions). Le club prend en charge l’entretien des terrains, de la piste et des installations tandis que la ville s’occupe des bâtiments. En outre, le club, en contrepartie d’un faible loyer, s’engage à ne pas solliciter de subventions de la ville pour son fonctionnement.

Bien que le terrain ne soit pas en très bon état, la société nautique de Caen l’utilise en avril 1946 pour une démonstration de moto-ball entre les clubs d’Houlgate et d’Orly devant plus de 4 000 personnes. D’autres motos foulent cette fois-ci la piste en août de la même année pour une course de demi-fond. La piste du vélodrome est de nouveau utilisée le 19 juillet 1947 pour l’avant-dernière étape du Tour de France (Saint-Brieuc-Caen). La prestigieuse compétition permet d’autres améliorations : peu avant l’arrivée de l’étape Paris-Caen le 8 août 1951, la clôture en bois qui entoure la piste est remplacée par une clôture en béton. En 1957, la mairie inscrit à son programme d’équipements sportifs la réfection de la piste cycliste pour un coût de 3 500 000 francs. Toujours pour le Tour de France, pour l’étape Dieppe-Caen du 29 juin 1960, on construit, derrière les courbes de la piste cycliste, des gradins en béton permettant de créer 3 000 places supplémentaires et d’ainsi porter la capacité totale du stade à 11 000 places. Les virages sont nés.

L’autre amélioration importante du stade concerne l’éclairage. Bien qu’existant avant-guerre pour les réunions cyclistes, celui-ci est trop faible pour éclairer le terrain de football. Dans une lettre datée du 17 janvier 1955, le président du SMC, M. Richard, sollicite une garantie financière de la ville de 5 millions de francs pour l’équipement du stade « en nocturne ». Après de longs débats internes, le club a fait le choix d’organiser des matchs en nocturne car c’est une source « d’éventuelles bonnes recettes » ; le club espère attirer entre 5 et 6 000 personnes par match. La ville accepte de garantir le prêt de la Société Générale de Caen. Les premiers travaux débutent en mars 1955 avec la construction d’un transformateur situé à côté de la buvette. Puis le premier pylône de 23 mètres de hauteur est hissé le 2 avril. Le dernier est mis en place le 21 avril. Le SMC inaugure le nouveau système lors d’un entraînement nocturne le 26 avril et le trouve satisfaisant. Les matchs se déroulent la première année les jeudis soir car le FC Rouen fait de même le mercredi soir. Ainsi, les équipes étrangères qui ont joué la veille à Diochon peuvent ensuite venir à Venoix. Le premier match officiel en nocturne se déroule le 28 avril 1955 entre le Wiener SK et Le Havre AC. Ouest-France décrit l’ambiance du premier match : «quand les projecteurs s’allumèrent, les 22 joueurs, les arbitres et les ramasseurs de balles apparurent impeccablement rangés devant la tribune centrale. Les applaudissements crépitèrent. A l’impatience succédait l’instant merveilleux de la révélation. Sur la pelouse baignée de lumière (devons nous ajouter que l’installation électrique de Venoix est une remarquable réussite), les deux équipes se firent face ». 7 000 personnes environ avaient pris place dans le stade. Pour la petite histoire, Le Havre gagne 4 à 3. Plusieurs autres matchs se déroulent en nocturne aux mois de mai et juin 1955. On peut retenir celui du 22 juin entre le FC Valence et le LOSC, récent vainqueur de la coupe de France, qui attire pas loin de 9 000 personnes ! Le SM Caen est alors le seul club amateur à organiser des matchs en nocturne. Cette « seconde saison » se répète chaque année, on peut ainsi noter le match Standard de Liège – Sedan en mai 1961.

En même temps qu’elle décide de refaire la piste en 1957, la mairie réfléchit à une requête du Stade Malherbe : l’élargissement du terrain afin qu’il soit homologué pour accueillir les derniers tours de coupe de France. En effet, le club est obligé d’aller jouer à Rouen ou au Havre dès qu’il franchit les 32èmes de finale. La mairie exauce le vœu du club en 1958 en consacrant 10 000 000 francs de l’époque pour l’agrandissement et l’aménagement du terrain.

En ce qui concerne l’affluence des compétitions de football de l’après-guerre, les matchs contre l’US Quevilly sont ceux qui déplacent les foules : 3 300 spectateurs en 1950/1951, 4 200 en 1951/1952, 4 600 en 1953/1954, 5 000 en 1955/1956 et 6 023 en octobre 1959 ! Seul le match de 32ème de finale de coupe de France en janvier 1956 contre le RC Paris attire plus de monde : 6 636 spectateurs.

Ouest France 5 avril 1955

Ouest France 5 avril 1955

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Historien, photographe, passionné de la ville de Caen, de football et des tribunes. Caution à peu près sérieuse de WAM.