28 février 2018

Malherbe en Quart de Finale

A Malherbe, on présente une certaine prédisposition aux Quarts mais on n’y arrive jamais. Malherbe Transports est, par exemple, une société française qui n’est pas une filière du club comme OL Voyage, mais qui est spécialisée dans le transport routier. Cette entreprise, dont le siège social est situé à Caen, été créée en 1953 par un certain Michel Malherbe mais possède, à l’image de notre club, davantage de poids lourds que de cars. En effet, les poids lourds, à Malherbe on connait (Santini, Crivelli, Brahiiiiiim Thiam, mais encore Alexandre Clément, Pascal Braud), mais les quarts, on connait nettement moins.

Disons que Malherbe et les quarts se transforme vite en « Malherbe est l’écart », l’écart étant la distance entre deux choses, en l’occurence entre Malherbe est une Demie. Malherbe et les demis, ça va bien ensemble (y’a qu’à voir au Bayou), mais Malherbe en demi-finale, c’est plus rare et sachant qu’on parle de Coupe de France, c’est même inédit comme un but de Delaplace.

On le sait, le club a fêté son centenaire il y a bientôt 5 ans (pense-bête: la naissance du club coïncide à l’année du dernier match en L1 du HAC) et pendant toute cette période, le club n’a connu que trois quarts; sorte de club 0,75%, ce n’est qu’après le match face à Lyon qu’on pourra dire que Malherbe a fait quatre quarts. Chose absolument remarquable compte tenu de l’âge du club (né donc le même jour que le Père Poutras), les trois premiers quarts de finale se concentrent en six ans alors que vingt ans séparent le troisième du quatrième. Ce qui m’a permis de tous les voir (sauf celui à l’extérieur suivi en direct à la radio). Autre remarque, chacun des trois premiers quarts se sont déroulés une année de compétition internationale dans laquelle l’équipe de France était engagée et correspond, à chaque fois, à une date importante du football français. C’est pas pour mettre la pression sur Didier Deschamps, mais bon. D’ailleurs, les trois quarts de finales du SMC correspondent également à des années particulières pour lui.
Histoire.

 

1992, année de la lose

 

En 1992, le Stade Malherbe est engagé pour la quatrième saison consécutive en Première Division et réalise sa meilleure saison de toute son histoire en terminant cinquième. Cette année-là, le club a été renforcé par l’ex-espoir du football français, Stéphane Paille et compte dans ses rangs Jesper Olsen, Benoit Cauet, Hubert Fournier et le jeune Xavier Gravelaine. Très belle saison du club en championnat et inoubliable parcours en Coupe de France; c’est en effet cette saison-là que le match le plus dingue de toute l’Histoire du club (à égalité avec la fois où Imorou a marqué en Ligue 1), le fameux Caen-Lens en Coupe de France. Sur lequel il est inutile de revenir car c’était un seizième (soit la classement moyen de Malherbe en L1); le match suivant le suivant, le Quart, le vrai, c’est l’OM de la « belle » époque, celui de la fameuse triplette Papin-Waddle-Pelé. Belle triplette en attaque et défense qui vaut pas tripette mais qui casse du tibia avec les cinq poètes qu’étaient Boli, Mozer, Casoni, Angloma et Amoros, les deux derniers seulement pouvant se prévaloir du qualificatif de « footballeur ». Par cet après-midi nuageux d’avril (mercredi 22 pour ceux qui aiment être précis), l’OM se présentait donc sans sa star, la crème des dribbleurs, Chris Waddle (la fameuse crème anglaise), mais avec Olmeta, Deschamps, Sauzée, bref les trois quarts de l’équipe de France (qui est à ce moment-là le favori absolu de l’Euro 92, ah, ah, ah).

Didier Deschamps en 1992.

On va être clair. Les mecs de l’OM jouent dans l’une des meilleures équipe d’Europe au milieu d’une série de 3 demi-finales de Ligue des Champions (et oui, c’est bien cette année-là qu’ils se losent), tous les joueurs français qu’ils alignent sont concernés par l’Euro qui arrive (ils seront tous sélectionnés sauf un), bref on fait pas spécialement le poids. Nous, en face, on fait notre meilleure saison, et fait de notre mieux. Le gardien titulaire est absent à cause d’une fracture qu’il s’est faite lors du tour précédent, pendant le fameux Caen-Lens, justement sur le but égalisateur des lensois et se trouve remplacé jusqu’à la fin de saison par Frédéric Peteyrens. Dumas est suspendu et voici d’ailleurs la composition du onze caennais: Peteyrens; Avenet, Fournier, Lebourgeois, Germain; Cauet, Dangbeto, Rio, Görter, Olsen; Gravelaine, Paille. Pickeu et Rival entrent en seconde période.

Au début, ça ne se passe pas si mal, Malherbe joue haut, comme à son habitude et ouvre assez rapidement le score par Dangbeto qui aura même un peu après l’occasion de doubler la mise, occasion ratée par la faute d’un contrôle trop long dans la surface. Et comme Malherbe reste Malherbe, c’est sur une erreur défensive idiote (une Yahiate) que l’Om revient dans la surface: Peteyrens veut relancer court sur Avenet qui lui remet sous le pressing de Pelé, mais la passe n’est pas parfaite, Peteryens n’est pas dessus mais plutôt sur le pied de Pelé qui fauché s’écroule comme un Lacazette hypoglycémique, pénalty pour Lyon. Curieusement, ce n’est pas Papin qui se présente pour le frapper mais Sauzée, Francky-la-Patate, et un partout. Il restait moins d’une minute dans cette première mi-temps. Et puis, en deuxième mi-temps, l’OM déroule: deux minutes après la reprise, Papin lancé par Sauzée file vers le but, sombrero sur Petereyns et, plus vif que Lebourgeois, JPP pousse le ballon au fond. Dix minutes après, c’est Papin qui lance Pelé qui dribble dans la surface Lebourgeois, puis Germain, puis Fournier puis se rend compte qu’Avenet, le quatrième défenseur est trop loin de l’action pour être aussi dribblé et décide alors d’envoyer une praline, ça fait trois buts à un, Malherbe éliminé, l’OM de Didier Deschamps continue l’aventure.

Le tragique de l’histoire arrive quinze jours plus tard, lors de la deuxième demi-finale opposant Marseille à Bastia au Stade de Furiani, le 5 mai 1992: 18 morts et une date noire dans l’histoire du football français. Notez qu’un Bastia-Caen n’eût sans doute pas nécessité la construction sauvage de tribunes foireuses.
Quelques semaines plus tard, l’équipe de France dans laquelle figure Fabrice Divert, Pascal Vahirua mais aussi Didier Deschamps arrive à l’Euro 92 dans la peau du favori et sort éliminée dès le premier tour. 1992, année de la lose on vous dit.

 

1996, année de la baise

 

Oui, il y a eu de la baise en 1996, et pas seulement car ça correspond à l’été de mes 17 ans au camping Les Alouettes en Vendée (souvenirs éternels à Greta et Hilde, deux sœurs jumelles hollandaises mais n’en disons pas plus). Pour le Stade Malherbe, cette saison-là, c’était le retour en Ligue 2. Retour brutal; en 1994, pour la première fois, le club affiche ses ambitions européennes et termine avant-dernier du championnat, relégué au terme d’une saison atroce minée par les tensions dans l’équipe. Caen se donne les moyens de remonter immédiatement: le club fait confiance à ses jeunes, Lièvre, Sommeil, Gallas, a obligé sa vedette Dedebant à rester et surtout a réussi à attirer Vahirua, Guerreiro, Priou, Borrelli et Samuel Michel. C’est donc assez logiquement que Malherbe fait son championnat tout en haut du classement, se disputant avec Marseille la place de leader. La Coupe n’est pas une priorité, mais elle permet de se frotter à des clubs de Première Division et puisque tout le monde trouve que Malherbe se promène en D2, c’est l’occasion de se jauger un peu dans l’optique de la saison suivante.

Et ça marche; le FC Metz qui est curieusement une des grosses équipes de l’époque (oui, ils finissent 4eme et vainqueurs de la Coupe de la Ligue) est le premier vrai test de Malherbe, à l’extérieur. Dans un match foireux et gelé dans lequel chaque équipe avait laissé son principal atout offensif sur le banc (Priou pour Caen, Robert Pirès pour Metz), c’est Malherbe qui s’impose sur un CSC d’un dénommé Arpinon. Au tour suivant, c’est le FC Sochaux, grosse équipe de L2 qui vient de faire exploser à d’Ornano 5-0, cinq buteurs différents, Malherbe est prêt pour les Quarts, quatre ans après.

Mais le coup de pute arrive avant le tirage. La Fédé nous dégaine le « carton bleu », règle à la con qui stipule que l’équipe qui est la « plus fair play » parmi celles encore en lice bénéficie du carton bleu. Et ce putain de carton bleu, c’est grosso modo un totem d’immunité: le bénéficiaire joue son match de quart à domicile. Le tirage au sort a lieu sur le plateau de téléfoot un dimanche matin. Première équipe tirée au sort: Stade Malherbe Caen. Deuxième équipe tirée: ASOA Valence, 15eme de D2, club balayé 3-0 à d’Ornano. On se voit déjà en demies… mais voilà cette saloperie de carton bleu. C’est Montpellier qui est carton bleu, et à ce titre qui est assuré de jouer à domicile. Et donc à qui on attribue la première équipe, c’est-à-dire Caen qui se retrouve à jouer à l’extérieur à Montpellier au lieu de jouer Valence à Caen. A quoi ça se joue, des fois.

Montpellier est une solide équipe de L1 qui aligne Pascal Baills, déjà aligné par Marseille lors du précédent quart de finale perdu. Donc, évidemment, on perd 1-0 sur un but de Vincent Petit. Oui, le même qui signe à Caen un peu plus tard: la vie est une pute.

Cette même année, l’équipe de France d’encore Didier Deschamps joue à nouveau l’Euro et, de manière assez surprenante attend les tirs au but des demi-finales pour être éliminée. Cette même année reste unique dans l’histoire du football français puisque la France place un club dans chacune des trois demi-finales de coupe d’Europe (Nantes en C1, Paris en C2, Bordeaux en C3). Mieux, deux passent en finale (Paris et Bordeaux) et le PSG remporte même sa seule Coupe d’Europe. Et Didier Deschamps, puisqu’il faut en parler, remporte cette année-là sa deuxième Ligue des Champions, mais avec la Juve; sacré Didier. Et, évidemment, cette année-là, le SM Caen devient champion de Division 2 devant l’OM.

 

1998, année du fric

 

On n’attend que deux ans avant de remonter en quarts. Malherbe est toujours en D2, ou plutôt y est retombé (et pour un moment, cette fois). Début de saison foireux, il faut attendre novembre et la prise en main de Pascal Théault pour que cette équipe se réveille. Emmenée par ses jeunes Rothen, Deroin, Née ou Sommeil, cette équipe moribonde pendant l’automne enchaine les victoires en début d’année. Et ce sont les matchs de coupe de France qui ont été le déclic.

Un engouement incroyable monte autour de cette équipe de jeunes, encadrée par les vétérans que sont Borrelli, Guerreiro ou Brouard. Certains se prennent à croire la montée possible, surtout si l’aventure en Coupe continue. Et c’est le RC Lens qui se présente à d’Ornano. Les lensois sont au cœur de la plus belle saison de leur histoire, celle qui va les emmener à leur titre de champion de France. Borrelli, Guerreiro et Rival qui étaient de la défaite à Montpellier sont encore là, et de facto les trois seuls à avoir joué deux quarts de finales de Coupe de France avec Malherbe.

Les places se vendent aussi vite qu’un Makengo à Nice. Et même, truc de dingue, le marché noir fait son apparition à d’Ornano, les places en populaires se proposant dix fois leur prix. Sur le terrain, on ouvre le score par Guerreiro. Et puis dans la surface, Brouard enlève trop sa frappe au moment de doubler la mise. Mais en face, c’est le RCL futur champion de France qui fait entrer Smicer, champion d’Europe en titre qui nous termine d’un vulgaire doublé. On est encore éliminé.

Cette même année, l’équipe de France de Didier Deschamps réussit un truc pas trop mal en Coupe du Monde, preuve que Deschamps aime bien les années où on va en quart, sachant qu’on rate toujours le bus pour la demi.

Ce qu’on peut en conclure, c’est que les années de quarts sont des années fastes pour Didier Deschamps et l’équipe de France. Et ça tombe bien, il y a justement des échéances prochainement. Et qu’à chaque fois qu’on est éliminé à Caen à ce stade de la compétition, notre vainqueur termine champion de France. Comme a priori le titre, cette année, c’est mort pour Lyon, on ne peut qu’en conclure que cette fois, on ne sera pas éliminés. Enfin pas en quarts.

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