Malherbe… avant Malherbe. Histoire d’une genèse (IX)

Aux racines de « l’esprit Malherbe » : l’aventure du Club Malherbe Caennais (1907-1913)

« Enfin Malherbe vint ! » : naissance et premiers pas du CMC.

A sa naissance en 1913, si le Stade Malherbe Caennais était un club omnisports, la prééminence de la section football sur les autres était déjà absolument indéniable. Or, cet état de fait était le fruit patent de la mise sur pied du Club Malherbe Caennais en 1907, club qui s’adonnait exclusivement à la pratique du people game et dont le but affirmé était d’asseoir l’hégémonie de « Malherbe » sur le football régional. Comment naquit cette structure au caractère bien trempé ?

A l’automne 1907, le jeune championnat de football de Basse-Normandie s’apprêtait à entamer sa neuvième édition. Les plus sagaces n’ignorent pas que le nom de Malherbe était déjà bien ancré dans le paysage footballistique de l’époque depuis les exploits de l’équipe des lycéens (l’Union Athlétique du Lycée Malherbe), dont le moindre ne fut pas, sans conteste, la participation à une demi-finale du championnat de France contre le Racing Club de France en 1903. Sur le plan régional, le titre était trusté par les équipes caennaises (Ecole Normale, étudiants de l’ASEC et du Stade Universitaire à quatre reprises, UALM par deux fois) à l’exception du millésime de 1905, qui revint aux joueurs de l’AS Trouville.

La création du Club Malherbe Caennais s’appuya sur un projet clairement identitaire autour du nom « Malherbe », dans un contexte de recomposition des équipes de la cité ducale. Il s’agit en effet d’abord de contrer les ambitions affichées par le Club Sportif Caennais de monter la meilleure équipe caennaise de football avec la fusion du CSC et de l’ASEC. Club historique depuis sa création en 1899, le CSC courait toujours après l’obtention d’un premier titre. Pour ce faire, le président Louis Piat, qui avait succédé à Stéphane Hervieu, le fondateur emblématique du club, escomptait aligner les meilleurs étudiants aux côtés d’Henri Prestavoine, le valeureux capitaine des « bleus et rouges ». L’enjeu était également d’enrôler la brillante génération des lycéens de l’UALM, tenante du titre régional qui avait infligé un cinglant 5 buts à 0 à leurs homologues…du CSC, lors de la finale disputée le 10 mars 1907.

Les statuts d’une équipe scolaire ne lui permettant en principe de n’aligner sur le terrain que des lycéens, l’UALM voyait régulièrement ses meilleurs éléments rejoindre l’équipe des étudiants lorsque ceux-ci gagnaient les bancs de la faculté. Quelques dirigeants résolus imaginèrent alors de fédérer autour d’eux une équipe entièrement dédiée à « l’esprit Malherbe ». Ces hommes, tous anciens du lycée Malherbe, sont André Détolle, Albert Berger et Henri Françoise. C’est ainsi que la création du Club Malherbe Caennais fut entérinée le 28 octobre 1907 par le comité régional de football…présidé par Albert Berger. Le siège social du nouveau club prit ses quartiers au Café de Madrid, 71 rue Saint-Jean, tandis que des noms familiers en composaient désormais le bureau : Détolle, président, Berger et Françoise, vice-présidents, auxquels s’ajoutaient Toullier et Heuzé, respectivement secrétaire général et trésorier.

intérieur de l'hôtel de Madrid

intérieur de l’hôtel de Madrid

Cour de l'hôtel de Madrid

Cour de l’hôtel de Madrid

L’idée-maîtresse des fondateurs était bien de constituer une véritable sélection des meilleurs lycéens et…des anciens lycéens de Malherbe. Or, la sociologie des footballeurs caennais de l’époque explique sans peine que l’équipe visait à rassembler les meilleurs joueurs de la cité. Le pari s’avéra instantanément gagnant et révèle, en creux, l’attachement viscéral d’un certain microcosme à la « tradition Malherbe », issue des années lycées d’une frange déterminée de la population. Emanation quasi-directe du lycée, le Club Malherbe devint ainsi la figure de proue de « l’esprit Malherbe » sur les terrains de Normandie et de Navarre, arborant fièrement les rayures verticales noires et blanches empruntées à la tradition chromatique de l’UALM. De son côté, cette dernière ne disparaissait pas, au contraire. Là où le CMC participait au championnat de Basse-Normandie de football, l’UALM continuait d’être alignée dans le championnat interscolaire et représentait, in fine, une sorte d’équipe réserve ou juniore du CMC. L’acte inaugural de la fondation posait les prémices d’une équipe qui s’affirma rapidement par son excellence et son homogénéité. D’une part, des tenants du titre emmenés par le capitaine Maurice Parat, aucun ne manquait à l’appel, mais en outre, vinrent s’y adjoindre deux des plus illustres « anciens » de l’UALM : Eugène Le Somptier et Julien Digoit, coupant ainsi l’herbe sous les crampons du Club Sportif Caennais.

Les débuts de cette « dream team » caennaise furent fracassants. Le SC Bernay fut notamment étrillé par 11 buts à 0, tandis que le gardien trouvillais, à domicile, dut aller chercher le « cuir » dans ses « bois » à sept reprises. N’ayant à déplorer qu’un seul but encaissé au cours de ses matchs, le CMC triompha symboliquement du CSC en finale sur le score de 3 à 0.

15 décembre 1907 : CMC-SC Bernay, au camp de Cormelles (11-0).

15 décembre 1907 : CMC-SC Bernay, au camp de Cormelles (11-0). Les joueurs du CMC sont en maillots rayés. Debouts, de gauche à droite : Heuzé (gardien) – Chérel – Cossevin. Accroupis, de gauche à droite : Gast – James – Philippe – Parat. Assis, de gauche à droite : Vassel – Beaurepaire – Piton – Le Somptier E.

Qualifiée pour le championnat de France USFSA, l’équipe dut affronter chez lui le voisin du Football Club de Rouen en quart de finale de la compétition. Sous la pluie et dans le vent, les Caennais perdirent 4-2, mais les commentateurs s’accordèrent pour louer la qualité du jeu bas-normand. Les correspondants rouennais furent particulièrement impressionnés par l’aisance du demi-centre Maurice Parat et par la ligne d’attaque James – Digoit – Vassel – Le Somptier et Piton, l’auteur du doublé caennais. Assurément une équipe était née !

A suivre…

FDM

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