4 mai 2012

La saga du stade de Venoix (4/8)

Un stade dans la tourmente

 Match entre Caen et Rouen le 4 janvier 1942

Durant la guerre, la vie sportive ne s’arrête pas : un championnat de football – que l’on appelle critérium – se déroule jusqu’en 1944. Bien que nombreux sportifs soient mobilisés, le SMC invite dès la fin du mois de septembre 1939 « tous les membres du club présents à Caen et tous les jeunes désireux de pratiquer le football à se présenter dimanche prochain à Venoix ». Cette équipe dispute un championnat où ses adversaires sont à 35kms de Caen maximum (à cause des restrictions). Des matchs de soutien aux sportifs mobilisés sont joués contre des sélections militaires (31 mars 1940). Mais les événements se précipitent et le ministère de l’Intérieur interdit « toutes manifestations se déroulant en plein air » à la mi-mai 1940. Avec l’arrivée des Allemands au mois de juin, le stade est réquisitionné et des batteries anti-aériennes sont installées sur le terrain ; les vestiaires servant de cantonnement aux soldats. Cette situation ne perdure pas et le club récupère ses installations. Le championnat redémarre finalement au début du mois de décembre 1940. La politique de Vichy insiste sur le « «développement physique des jeunes » et un championnat est créé au mois de mars 1941 pour les juniors dans le Calvados dont beaucoup de matchs sont disputés à Venoix. De même, l’équipe universitaire de l’académie de Caen rencontre ses adversaires sur le terrain d’honneur.

La saison cycliste reprend les mêmes habitudes qu’avant le début des hostilités. Au mois d’avril 1941, les courses de l’ESC s’enchaînent. État Français oblige, l’ESC organise le 1er mai 1941 « une grande réunion cycliste au bénéfice de l’entraide du maréchal Pétain ». La réunion de clôture de la saison 40/41 fait le plein et le journaliste d’Ouest-Éclair note qu’il a rarement vu « une foule aussi dense autour de la piste ». La pratique du cyclisme n’est pas sans danger sur la piste de Venoix : lors d’une épreuve « à l’américaine » en juillet 1942, plusieurs coureurs tombent dont l’un se blesse très sérieusement à la tête.

Les dirigeants du SMC, Joseph Grégoire en tête, sollicitent de nouveau la municipalité pour le renouvellement du bail. Etant donné les circonstances, ils demandent que ce nouveau bail ne soit valable que pour la « durée des hostilités » et pour 3 000 francs annuels (soit la moitié de l’ancien loyer) et que la même ristourne soit accordée pour la période du 24 juin 1939 au 24 juin 1940 « en raison du fait qu’au cours de la dernière année, le SMC a dû renoncer au professionnalisme, pour des motifs d’ordre financier ». Les dirigeants justifient la diminution du loyer par le fait qu’il y a encore « beaucoup de jeunes gens à pratiquer le sport. Malheureusement, le public a un peu déserté le stade ». La section basket du SMC se développe et cela incite la municipalité à engager de nouveaux travaux dans l’enceinte. Le 12 août 1941, elle vote « l’aménagement, à l’intérieur de la piste en béton, du terrain d’honneur, d’un terrain de basket-ball, de deux sautoirs en hauteur avec élan et d’une piste herbée pour course à pied ».

Les dernières compétitions sportives se déroulent fin mai 1944. Quelques semaines après la libération de Caen, plusieurs dirigeants sportifs caennais se réunissent et décident d’organiser une première réunion omnisports à Venoix, le 15 septembre. Le stade retrouve très vite ses activités. Joignant l’utile à l’agréable, certains matchs exhibition servent à aider les prisonniers de guerre qui retrouvent progressivement la ville. Un premier match de football se joue sur le terrain principal le 24 septembre entre une sélection militaire et une équipe du Stade Malherbe. Le 8 octobre, le SMC rencontre une sélection régionale de l’armée anglaise. Le 11 novembre, une journée sportive est organisée avec l’aide de l’entente cheminots-PTT de Caen et l’US Normande. Le 4 novembre, se joue le premier match officiel d’après-guerre pour le compte du premier tour de la coupe de France entre le SMC et l’entente cheminots-PTT de Caen. Bien que des matchs de football -principalement- s’y déroulent, l’état du terrain laisse à désirer. Lors du 3ème tour de Coupe de France entre le SMC et l’US Flérienne, le journaliste du nouveau quotidien Liberté de Normandie parle d’un « terrain transformé en bourbier par les pluies et les trous d’obus ». Le championnat de division d’honneur de Normandie reprend officiellement en janvier 1945 mais les premières rencontres du SMC sont décalées à cause des conditions climatiques. Le stade accueille aussi, dans le cadre du championnat, les rencontres de l’US Normande dont le stade du plateau est encore inutilisable. En février 1945,  le comité des sports de Caen (qui regroupe des dirigeants sportifs) décide la réfection du stade (remise en état du terrain, réparation des tribunes et de la piste cycliste).

L’activité cycliste reprend le 8 avril 1945 avec le prix d’ouverture de l’ES Caennaise puis, le dimanche suivant, avec une grande réunion cycliste comportant des courses de vitesse et l’arrivée du Paris-Caen.

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A propos de Benoît Caen

Benoît Caen

Historien, photographe, passionné de la ville de Caen, de football et des tribunes. Caution à peu près sérieuse de WAM.

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3 Comments

  • 18cher
    2012-05-04 15:45

    Pendant la Guerre,quels étaient les adversaires principaux de Malherbe?

  • Benoît Caen
    2012-05-04 16:48

    pour la saison 40/41, des clubs calvadosiens. En 41/42 et 42/43, des clubs à 35kms à la ronde à cause des restrictions de transport. En 43/44, les autorités lâchent du lest et un nouveau championnat appelé « championnat de France amateur » est créé. Malherbe y joue aux côtés de clubs haut et bas normands. Puis en 44/45, c’est le même championnat mais avec des groupes, Malherbe se retrouve avec des clubs bas-normands. Sur toute la période, c’est l’US Normande qui est le club que Malherbe rencontre le plus.

  • 18cher
    2012-05-05 00:35

    Merci!

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