EXCLU : Pierre-Antoine Capton : « Je suis plutôt hystérique pendant les matchs »

Pierre Antoine Capton répond à WAM

Pierre-Antoine Capton a officialisé sa prise de contrôle du SM Caen avec son partenaire Oaktree cette semaine, il s’est plié au jeu de l’interview avec sa bonne humeur habituelle. L’homme providentiel du Stade Malherbe nous dit tout.

Bonjour Pierre-Antoine, avant de parler du présent, revenons un peu en arrière, comment expliquez-vous l’échec de votre projet de devenir actionnaire majoritaire il y a deux ans ? Votre OPA était-elle précipitée voire agressive ?

Je ne considère pas avoir fait une OPA il y a deux ans, je considère que Jean-François Fortin avait une vision assez juste de la situation et de ce qu’allaient devenir les clubs de foot, et qu’il avait envisagé une augmentation de capital pour permettre au club de rester compétitif. J’étais arrivé depuis un an, certains ont pu trouver cela rapide mais il y avait de ma part la même motivation qu’aujourd’hui, à savoir aider le Stade Malherbe Caen.

Ce qui m’a motivé pendant le confinement lié au Covid-19 et qui m’a paru plus facile, c’est qu’il n’y avait cette fois pas d’autres solutions alors qu’il y a deux ans il y en avait d’autres. Mais franchement je n’ai jamais été agressif à l’époque et tout était tourné dans l’intérêt du club.

En voulez-vous aux actionnaires dit « putschistes » ?

*Silence* A titre personnel il y a deux ans j’ai eu un communiqué contre moi, que j’ai trouvé pour le coup agressif, car encore une fois je n’avais pas demandé grand-chose et j’étais là pour aider. Mais j’ai essayé d’avancer positivement et de réunir toute la famille du Stade Malherbe. Même si la période il y a deux ans a été difficile, voire très difficile, j’ai toujours eu la conviction qu’il ne fallait pas rester sur le passé sans quoi on ne pourrait rien construire. Tournons la page.

« Jean-François Fortin a pleuré après Caen – Bordeaux »

Comment décririez-vous vos relations avec Jean François Fortin ?

On a appris à s’apprécier autour du même projet qui était de faire grandir le club, on a aussi souffert ensemble durant des moments difficiles, certaines réunions et lorsqu’il a du partir aussi… Ça nous a beaucoup rapproché. Quand pour lui comme pour moi l’aventure du Stade Malherbe s’est arrêtée on a gardé contact, on a fait la dernière journée de championnat Caen-Bordeaux au téléphone tous les deux, Jean François était en pleurs quand le club a été relégué, on a vécu beaucoup de match chez son fils Guillaume… Bref tous ces moments difficiles nous ont forcément rapproché. C’est un ami, ça le sera toujours et il a beaucoup de choses à me transmettre sur le Stade Malherbe.

Depuis quelques jours on parle beaucoup d’un retour de Fortin, mais quel sera son rôle ?

En fait le problème, c’est que dès qu’on évoque le nom de Jean François Fortin, tout le monde s’enflamme (rire), ça part dans tous les sens… or la réalité est assez simple : Aujourd’hui il y a un actionnaire majoritaire qui est Oaktree, moi je les accompagne, il y a un président qui est Olivier Pickeu, et après mon idée c’est de réunir tous ceux qui peuvent aider le club, Jean François Fortin en fait partie.

On a également parlé d’Orelsan car il aime le club et a envie d’aider. Ça ne veut pas dire à chaque fois être actionnaire ou avoir un rôle opérationnel au club. C’est faire en sorte que les énergies aillent dans le même sens. En fait Jean François pourra nous apporter son expérience et son conseil, mais comme tous ceux qui aiment le club, l’idée c’est de construire ensemble.

« J’entends les attentes des supporters »

Aux yeux de nombreux supporters vous arrivez comme le messie qui vient sauver le club. Les attentes sont énormes. N’est-ce pas là le risque de décevoir ?

*Silence* Je pense que j’ai fait comme n’importe quel amoureux du Stade Malherbe s’il en avait les moyens, j’ai donné de ma personne pour pouvoir l’aider à un moment où le club était en difficulté. J’ai essayé ensuite de trouver le meilleur partenaire possible et le meilleur président possible, pour avoir une vision sportive. A partir de là ça reste du foot, nous ne sommes pas des magiciens, on a en plus un travail pénible à faire, à savoir réduire les coûts, ce ne sont pas des choses populaires.

Si les gens veulent nous aider, je leur demande simplement de comprendre la situation et de nous laisser le temps. Après on va essayer d’être le plus ambitieux possible sportivement, et Olivier Pickeu est le plus qualifié pour ça. Les attentes des supporters je les entends mais on n’a pas le choix, la première chose à faire est de remettre le club dans un équilibre économique qui lui permette d’avoir les moyens de construire son ambition. L’objectif c’est d’amener de la sérénité et de donner les moyens aux professionnels de travailler.

Les ambitions sportives à long terme (la montée et la stabilisation du club en Ligue 1) sont-elles compatibles avec les exigences de rentabilité financières à court termes d’un fonds d’investissement ?

Oui elles le sont, et elles le sont d’autant plus que le modèle économique du Stade Malherbe en Ligue 2 tel qu’il est actuellement ne marche pas du tout. Le club perd trop d’argent. Aujourd’hui si vous regardez un club comme Angers, qui est pour moi un très bon exemple qu’Olivier connait bien, il a progressé sportivement chaque année tout en vendant quelques joueurs sans être pénalisé sportivement. C’est une politique sportive cohérente avec un rationnel économique tout aussi cohérent.

Si vous voulez que votre club soit rentable, qu’il vende des maillots, qu’il attire plus de sponsors, il faut des bons joueurs, une équipe qui joue et des professionnels à chaque poste du staff technique. C’est ce qu’on essaye de faire.

« D’autres investisseurs m’ont dit “On s’en fout de Caen” »

En quoi Oaktree sera différent des investisseurs Américains qui ont fait couler beaucoup d’encre aux Girondins de Bordeaux ?

D’abord le projet on l’a porté ensemble, et le fait qu’un entrepreneur local amoureux du club qui défende les valeurs et échange avec Oaktree régulièrement, ça change beaucoup de choses. Je vais vous dire assez simplement, j’ai eu dans le process des gens qui m’ont dit : « Ok, le club on s’en fout, on pourrait racheter Caen, Troyes ou n’importe quel club. On aura un directeur sportif qui gérera trois, quatre, cinq clubs… pareil pour le président etc. Comme ça on étalera les coûts et on fera du bénéfice. ».

Oaktree ils ne sont pas dans ce discours-là, ils sont dans la même perception que moi, à savoir que le Stade Malherbe n’est pas au bon endroit et que son modèle économique est incompatible avec la Ligue 2. Donc on sait ensemble qu’en respectant les valeurs et en construisant ensemble, on sera capable de faire beaucoup de choses ; Vincent Catherine boss d’Oaktree est un grand professionnel et il y a ce rapport humain qui a fait de ce partenaire-là une évidence. Tous les fonds d’investissement ne se ressemblent pas et on a la chance d’avoir un investisseur comme lui.

Quels sont les joueurs du SM Caen qui vous ont le plus marqué ?

*Hésite* Quand j’étais plus jeune j’adorais voir Brian Stein et Graham Rix évidemment. Fabrice Divert, Frédéric Née aussi…  Sinon dans une période plus récente N’Golo Kanté, et Youssef El Arabi, toujours super agréable à regarder.

« Je peux péter les plombs en regardant un match »

Quel type de supporter êtes-vous ? 

*Rire* Je m’énerve tout seul, ça me rend fou c’est pour ça que je ne regarderai pas les matchs en tribune présidentielle, je m’isolerai en haut, là où se plaçait Jean-François Fortin, car j’ai besoin de m’exprimer, de péter les plombs quand ça ne marche pas. Ouais, je suis plutôt hystérique pendant les matchs et je ne peux pas faire semblant.

C’est quoi la philosophie de jeu de Pierre-Antoine Capton ?

J’ai été très marqué par l’un des premiers matchs de foot que j’ai vu jeune, mon père m’avait emmené au Parc des Princes voir un PSG – Nantes en finale de Coupe de France en 1983, et j’y ai découvert le FC Nantes époque José Touré, j’ai adoré ça, c’était offensif, léché et technique. En fait, il y a un truc que je déteste c’est de voir les joueurs ne pas jouer, ne pas se battre, ne pas se donner.

« S’inspirer du championnat anglais »

J’ai une envie c’est qu’on essaye de faire, d’aller de l’avant, d’essayer de marquer des buts, et que les joueurs ne fassent pas semblant. Dans le championnat anglais il y a un “spirit” assez fort, et Caen est un club très proche des valeurs anglaises, géographiquement mais pas seulement. Je pense qu’il y a quelque chose à creuser.

En homme avisé des médias, quelle est votre offre pour devenir le producteur exclusif de #WAMlemission ?

*Rire* Autant on a pu aider le Stade Malherbe de Caen, autant on n’aura pas les moyens pour racheter WAM l’émission, en revanche ce que je vous propose c’est de venir en faire une sur la pelouse de d’Ornano prochainement.

Non mais honnêtement, je trouve que vous faites un travail fantastique, vous avez réussi à rendre le club populaire auprès de plein de gens qui n’aiment pas forcément le foot ou le Stade Malherbe de Caen. Vous êtes drôles, très drôles mais surtout vous avez la passion, ça se ressent et c’est une chance pour le club de vous avoir.

« On va tout faire pour terminer dans les premières places »

Cap ou pas Cap de demander à Xavier Niel de renommer Mediawan en MediaWam?

*Rire* C’est Xavier qui a trouvé le nom en plus, mais je ne suis pas sûr qu’il soit d’accord. Mais je peux lui poser la question…

Pour finir, à votre avis quelle sera notre place au classement à la fin de la saison, sur une échelle allant de un à trois ?

*Rire* Est-ce que de un à trois correspond au trois premières places, ou 1 signifie de la 1ère à la 6ème place, le 2 signifie de la 7ème à la 12ème etc. *rire* Plus sérieusement, on va tout faire pour que ce soit les premières places mais pour le moment il nous faut du temps pour travailler et revenir à notre meilleur niveau.

Merci à Pierre-Antoine Capton de nous avoir accordé cet entretien.

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Né en 1986 de la rencontre entre une goutte de sueur de Fabrice Divert et le regard de Pierre Mankowski, il voue sa vie à tenter de faire classer le SM Caen au patrimoine mondial de l’Humanité. Intervieweur acharné, il traque et questionne les anciens porteurs du maillot rouge et bleu afin d’entretenir leurs voix dans le Panthéon Malherbiste.