Où sont les fans ? Le cri du cœur d’El Pasota

Ce week-end le SMC a joué un match de foot contre Rennes. Un Caen-Rennes, c’est un match que l’on attend en Normandie. Parce qu’après Le Havre, c’est le voisin le plus proche, parce que c’est le duel fratricide entre Normands et Bretons. Le match en lui-même fut d’un bon niveau, malgré une pelouse digne d’un match de 2eme div régionale…

Cependant, je ne pouvais m’empêcher de ressortir frustré de ce match. Frustré parce que dans le jeu mon SMC adoré méritait mieux que ce nul, frustré parce que le scénario nous a offert deux penaltys qui n’ont pas fini au fond des filets, mais surtout, frustré parce que malgré le match , aussi agréable soit-il, des gens ont sifflé, insulté, invectivé nos joueurs…

Je suis de ces gens qui vont au stade depuis les années 80-90. Lors de mon premier match, j’étais tout petit et je me souviens que mon père m’avait assis sur la piste cyclable du mythique vélodrome de Venoix… J’ai été de toutes les années de galère derrière mon SMC en Ligue 2 et j’en arrive même parfois à regretter que nous n’y soyons plus… Je me souviens de la saison qui a failli nous envoyer en National, où quelques irréductibles comme moi allaient à d’Ornano soutenir les rouge et bleu pour se sauver et ne pas tomber au niveau amateur. J’étais de ces gens, et mon papa aussi, qui l’hiver n’hésitaient pas à parcourir les 100km qui séparaient mon petit village dans l’Orne de d’Ornano pour voir des matchs sous une température de 3° avec maximum 3000, 4000 spectateurs.
J’allais au stade et j’étais heureux, je criais pour mon club. Je sortais de d’Ornano vidé, vanné, la voix cassée, mais jamais une seule fois je n’ai conspué ni insulté les joueurs malherbistes.

Je suis de ces gens qui peuvent parfois déranger les familles en tribunes car je peux à l’occasion être un chouïa grossier envers l’adversaire ou le corps arbitral. Je ne suis pas un exemple de vertu mais c’est la passion et l’amour pour ce club qui me font réagir de la sorte.

Mais revenons au match de samedi dernier contre Rennes. J’ai vécu le bon côté des matchs de foot. La fraternité entres supporters quand on rejoint les copains en tribune, quand des amis que j’ai connu grâce aux réseaux sociaux m’ont invité à aller vivre le match loin de ma traditionnelle Populaire E, où je suis abonné depuis tant d’années, mais que j’essaie aujourd’hui d’esquiver parce qu’il y règne une ambiance honteuse.

Mais samedi soir, j’ai aussi vu ce qui fait que je ne reconnais plus ce sport que j’aime tant. Des gamins qui se lèvent et insultent un de nos joueurs parce qu’il dégage en corner un ballon qui traîne non loin de nos buts. Des pères de familles, sûrement respectables en dehors du stade, qui insultent un joueur (qu’ils encensent d’habitude) parce qu’il a manqué un geste technique : un penalty somme toute pas si simple à mettre qu’il n’y paraît.

J’ai vu à la sortie du stade un groupe de personnes tabasser un homme seul, environ trente minutes après la fin de la rencontre.

J’ai vu la bêtise de ces gens venus passer leurs nerfs sur une équipe de « mecs trop payés ». Ces mêmes gens qui vont sûrement au cinéma payer des acteurs à coups de millions et qui achètent aussi probablement des CD à des chanteurs eux-mêmes riches à millions. J’ai encore entendu autour de moi des gens comparer nos joueurs à des Neymar, des Messi, des Cristiano Ronaldo, sans faire preuve de mesure… Comme si nos joueurs, s’ils avaient le niveau de ces stars, pouvaient vraiment jouer à Malherbe.

Samedi soir, j’ai vu à Caen tout ce que je ne supportais pas de voir dans les gros clubs dans les années 90. Les pseudos spécialistes du foot qui aiguisent leur « expertise » en s’abreuvant des émissions TV plateaux (qui se sont démultipliées parce que le foot fait vendre), les gamins qui voient le Real et le Barca sur BeIn Sport et qui exigent pareil de nos joueurs… Les gens qui ont découvert Malherbe depuis 2004 et la remontée en Ligue 1 et qui depuis pensent que le foot c’est simple comme bonjour et que nos joueurs sont des fainéants surpayés. Tous ces gens qui déserteraient probablement les travées de D’Ornano si par malheur nous redescendions dans l’antichambre du foot français.

J’ai moi aussi des griefs contre certains joueurs parfois, mais jamais je n’ai besoin de l’étaler au grand jour avec des sifflets ou des insultes.

Je ne reconnais plus ce stade que j’aimais tant, qui était en feu lors de la demi-finale de la Coupe de la Ligue, qui soutenait et applaudissait nos joueurs peu importe le résultat.

Le foot s’est perdu dans notre stade et pourtant les prestations sont plus intéressantes que l’an passé. Le match contre Rennes en est la plus belle preuve, tant l’engagement de tous nos joueurs, avec leurs forces et leurs faiblesses, a été total. Et pourtant, encore des sifflets…

@elpasota14

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