Je n’aime plus le football

Je n’aime plus le football. Moi, l’ardent défenseur, ancien latéral recentré tendance néo-libéro, redresseur de torts dans la surface de réparation adepte du tacle glissé en dernière solution, je n’aime plus le football.

Je découvre las, à mon corps défendant, ne plus guère éprouver pour ma bonne vieille gonfle que l’indifférence assumée d’un ex-prétendant. Son espace dans ma vie a quitté le rectangle vert pour la petite lucarne, s’est réduit plus encore à l’écran du smartphone avant de disparaître comme le jeu de mon club. C’en est fini, je ne suis plus d’attaque ni même encore du milieu, je ne reste sur le terrain que pour garder la ligne et lutter de la tête sur quelques envolées.

Le football est mort en 3-5-2, ou en 5-3-2, en se brûlant les ailes. Son vol suspendu, il a longtemps plané avant de piquer du nez. Son crash, aérien et boursier, l’a plongé dans le coma où il stagne au pays des rêves. Dans la réalité en revanche, son petit soccer ne bat plus que pour de rares supporters.

Qu’il en faut du courage pour venir à son chevet, pour de banderoles en banderilles tenter de le ranimer! Les cols blancs ont viré les blouses blanches et dilapident son héritage, ils prescrivent du repos à tout son entourage. Jamais à court d’ordonnances, ces gens sont payés à l’arrêté. La communication est parfaite, bien rôdée : « fumigéner nuit gravement à la santé », « les tribunes, celles debout, on en viendra tous à bout »… Prédateurs et rapaces se disputent son corps à peine chaud mais agissent de concert envers toute concurrence. Le football est leur proie, leur repas, leur festin : bavez-donc si vous les jalousez  ou bien sortez les crocs, il risque de vous en coûter chair! Chers supporters, dévoués corps et âmes, la guerre est déclarée, vous y perdrez corps et armes.

Combien d’entre nous n’en dévorent déjà plus que les meilleurs morceaux? Les diffuseurs s’engraissent à coup de prélèvements : combien vous en a coûté votre dernière tranche? Je n’aime plus le football car il n’est plus celui que j’ai aimé. Ce truc qui l’a remplacé est au football ce que le porno est à l’amour, le cul à la place du cœur : j’ai mal au cœur et ça me fait chier.

Incorrigible optimiste que je suis, je vais tout de même partir en quête de sa dépouille et, s’il reste quelque chose à sauver, tenter de la ranimer.

Adepte du passement de genre (littéraire) comme des phrases de transition, c'est avec un solide jeu de mots qu'il tentera de vous emporter dans son esprit tourmenté d'exilé.