8 décembre 2017

Entretien avec Patrice Garande

They Are Malherbe vous propose de retrouver tous ceux qui font vivre la passion Rouge et bleue, aujourd’hui c’est l’entraîneur Patrice Garande qui se prête au jeu de l’interview.

Bonjour Patrice comment vas-tu ? Mieux que la saison dernière ?

(Rire) Oui je vais très bien et clairement mieux que la saison dernière. On est plutôt pas mal sur ce début de saison, le comportement et l’attitude me plaisent bien. On essaie de jouer notre jeu et l’équipe est récompensée.

Comment expliques-tu la saison catastrophique de l’an passé ?

Il y a des trucs que l’on voit très tôt ! Déjà, on a commencé le stage de présaison avec un effectif incomplet, tous les joueurs ne sont pas arrivés au même moment et puis dès le début j’ai senti un groupe en déficit de confiance. Il y a aussi un changement important avec le départ d’Andy Delort et l’arrivée d’Ivan Santini…ce changement de profil d’attaquant nous a obligé à revoir notre système de jeu. Mais au final on se sauve, dans les conditions qu’on connaît…quel match incroyable ! J’ai failli avoir une attaque ce soir-là (rire).

On t’a souvent entendu dire « j’ai vu de bonnes choses », est-ce que c’est ta méthode Coué lorsqu’on joue super mal ?

Non, car il n’y a jamais tout à jeter dans un match, (silence) …sauf à Marseille, même si j’ai dit le contraire en conférence de presse (rire) ! Et encore car c’est un support de travail après-coup, ça nous permet de revenir sur des choses qui vont ou qui ne vont pas, et puis c’est aussi pour soutenir les joueurs qui l’ont mérité dans une défaite, et ça c’est important.

Tu es au club depuis 2005 et entraîneur de l’équipe première depuis 2012, on doit en déduire que tu te sens bien à Caen ?

Ah oui, c’est vrai que je m’y sens bien ! Déjà j’adore la ville, elle est jolie et agréable à vivre. Et puis j’aime travailler pour ce club et pour les gens qui le composent. J’ai été adjoint avant d’être entraîneur, ça m’a permis de voir les choses sous des angles différents, c’est formateur tout ça. En fait, ma fierté c’est de travailler pour les gens qui m’ont fait confiance, c’est de permettre au Stade Malherbe de vivre en Ligue 1, de permettre aux supporters de vivre la Ligue 1. Et quand on est un club comme Caen avec des petits moyens c’est un combat de tous les jours, mais j’adore ça.

Malgré le temps passé au club on te connaît assez peu, quels sont tes styles de musiques ou de films ?

(Rire) En musique je suis plutôt variétés françaises, et puis même si je vais me faire chambrer je le dis, j’aime bien Michel Sardou, Johnny et Goldman. Pour les films je suis un grand fana de films d’actions et particulièrement des « James Bond » : je n’en rate jamais un !

 

 

Quelle est ta vision du rôle d’un entraîneur vis-à-vis des joueurs ? Doit-il se rapprocher de celui d’un patron, d’un père ou d’un collègue ?

Pour moi, la seule chose qui passe avant le football, c’est la famille, la santé de mes proches. C’est une des premières choses que je dis aux joueurs, votre femme, vos parents, vos enfants, votre famille, leur santé est bien plus importante que le football et passe avant tout.

Par contre, après c’est le foot. On a la chance de faire un métier extraordinaire, on vit de notre passion. Mais c’est un métier qui exige des « devoirs ». J’aime avoir un vestiaire joyeux, chambreur, etc… mais par contre quand on est sur le terrain on bosse, on est concentré, appliqué, exigeant, motivé…

On se doit d’être irréprochables dans l’exercice de notre métier sur le terrain et en dehors, pour être performants, il faut bien s’entraîner, bien récupérer, faire les soins, etc…

Donc un cadre avec les joueurs c’est ça, plaisir et sérieux, exigence individuelle et collective, performance et ambition, respect du club et de ses composantes, rien ni personne n’est plus important que le club.

Quels entraîneurs t’ont influencé ? Quels sont ceux dont tu admires le travail en Europe ?

J’ai appris de tous mes entraîneurs, Henri Revelli m’a beaucoup apporté c’était un buteur comme moi et il a su me donner de la confiance quand j’en avais besoin. Il y a eu Jacky Lemée à Orléans que je considère comme mon père spirituel, Coco Suaudeau à Nantes qui était un visionnaire et puis bien sur Guy Roux à Auxerre qui est un entraîneur extraordinaire et dont j’ai beaucoup appris. En Europe il y a évidemment Guardiola pour sa vision du football et sa capacité à la transposer partout, il y a Mourinho qui est une vraie machine à gagner et un meneur d’hommes, Diego Simeone aussi qui arrive à inculquer une grinta incroyable.

Est-ce que la pression médiatique et l’attente des supporters sont difficiles à gérer ?

Non, la presse ça fait partie du jeu, la difficulté c’est qu’aujourd’hui tout est décortiqué et ce avec différents médias. Télé, radio, presse écrite, sites internet et réseaux sociaux donc c’est plus compliqué mais ce n’est pas une pression. La presse a besoin de nous et nous d’eux donc j’essaye de créer une relation « gagnant-gagnant ».

Les supporters c’est un atout indispensable. Les nôtres sont fidèles et ont été, dans des moments terribles pour le club, un soutien incroyable pour nous. Le stade est un endroit de partage et de communion et je conçois tout à fait que les supporters manifestent à l’intérieur leur plaisir, leur joie, mais aussi leur mécontentement (si on ne supporte pas ça, il ne faut pas faire ce métier) pendant un match, après il ne faut pas dépasser certaines limites…

L’attente des supporters est un moteur, j’aime quand d’Ornano est plein, quand ça fait du bruit, ça me donne des frissons. Le football est un sport de passion qui génère quelques fois des débordements qu’il faut canaliser.

Le foot sans supporters est inconcevable, le foot sans passion est inconcevable… Avec mon staff, mes joueurs, on travaille chaque jour pour que nos supporters soient encore des supporters d’un club en Ligue 1. On a réussi quatre saisons de suite et on va tout faire ensemble pour vivre une cinquième saison de suite en Ligue 1.

Quel reproche te touche le plus ?

 (Silence) Je ne sais pas trop… peut être de ne pas être assez démonstratif dans l’exercice de mon métier. D’un autre côté, je n’aime pas trop me mettre en scène, les tours d’honneur, faire filmer les causeries, les vestiaires, j’avoue que j’ai du mal… Ce sont les joueurs qui gagnent les matches. Et je pense aussi qu’il ne faut pas tout montrer dans le football, il doit rester une part de rêve quelque part…

Est-ce que ton passé d’attaquant te rend plus exigeant ou plus compréhensif d’un buteur en manque d’efficacité comme Nkololo par exemple ? 

(Rire) Ok, je vois de quoi tu parles. Déjà les attaquants je les comprends, et de rater ce n’est pas grave à partir du moment où on a fait le bon geste. Concernant Nkololo… il a un talent fou ce garçon , mais il doit être plus tueur, et n’avoir qu’une seule chose en tête c’est de la mettre au fond, peu importe que ce soit un but tout moche ! C’est comme un gars comme Ivan, que ce soit en match ou à l’entraînement, dès qu’il rate il tire la gueule, mais au fond c’est exactement ce que je veux ! Un buteur il ne sourit que lorsqu’il marque. Ce qui ne l’empêche pas de peser sur les défenses, Ivan a un jeu sans ballon très intéressant. Kouakou c’est pareil, un mec qui donne tout mais qui doit arrêter de se poser des questions, tu es en position, tu frappes et basta !

C’est quoi le pire ennemi de l’entraîneur? Les blessures, les égos des joueurs, ou simplement une certaine forme d’habitude ou de routine ?

(Sans hésiter) La routine, c’est clair ! Dès qu’un entraîneur tombe dedans c’est fini, il a perdu la passion (Rire). Pour moi la routine c’est la dépression !

Le club essaie de bâtir l’image d’un club conquérant, guerrier, engagé. Est-ce que ce sont des valeurs que tu essaies de traduire sur un terrain?

Oui au sens où comme je te le disais, on est le Stade Malherbe, avec des petits moyens mais ce n’est pas pour autant que je parle de maintien Je dis aux joueurs qu’on doit se maintenir en Ligue 1 mais à la meilleure place possible ! Alors ok on sait qu’on ne gagnera pas 38 matchs, c’est évident, mais si les mecs mouillent le maillot, se mettent minables pour défendre le club, même si on perd le public sera satisfait et moi aussi. Je veux une équipe qui va vers l’avant, qui produit du jeu, même si il y a du déchet au moins il y a du mouvement ! La volonté de jouer, la sincérité et le goût de l’effort, oui ce sont des valeurs du club.

Ce que nos supporters attendent de nous, c’est avant tout une attitude, un comportement sur le terrain. Avoir la volonté de s’imposer. J’aime l’idée que nos adversaires se disent que c’est compliqué de jouer contre nous.

Cette saison l’équipe est solide mais manque d’efficacité offensive, tu comptes piocher au centre de formation ou recruter ? Quel profil de joueur ?

Ce n’est pas un secret : on cherche un joueur de profondeur, un ailier, un mec capable d’apporter de la percussion, on a effectivement le centre de formation mais je pense que c’est encore un peu jeune pour apporter un plus immédiatement.

Stef Peeters était co-meilleur passeur du championnat de Belgique avec Tielemans la saison dernière, que lui manque-t-il pour s’imposer à Caen ?

Il doit prendre la mesure de la Ligue 1, ce n’est pas le même championnat que la Belgique, ce n’est pas la même intensité physique et il a besoin de temps, mais ses qualités ne sont pas en cause. Quand il est rentré en jeu il a souvent apporté beaucoup à l’équipe, il doit travailler et gagner sa place dans l’équipe, mais surtout il doit être prêt car c’est toujours quand on s’y attend le moins qu’on est appelé.

Est-ce que tu serais prêt à prêter ta médaille d’or olympique au club pour garnir la salle des trophées ?

(Rire) Si on me la demande je veux bien oui, c’est clair que la salle est dégarnie. Et c’est sûr qu’on n’est pas près d’être champion de France, mais honnêtement j’aimerais bien vivre une aventure en coupe. Remporter la coupe de France ça serait un rêve. Mais qui sait (rire) !

Lorsque tu quitteras Caen, que souhaites-tu faire ? Entraîner à l’étranger ? Continuer en Ligue 1 ? La formation ?

La formation non, ce n’est pas le même métier. Je ne pourrais pas quitter le banc et cette adrénaline de tout perdre ou tout gagner sur 1h30. Entraîner à l’étranger ça pourrait me plaire, en Angleterre ou en Allemagne qui est un championnat spectaculaire avec des buts et des stades pleins. En tout cas je suis accroc au football, c’est une vraie passion chez moi, et pour tout te dire je ne pense pas à ça, je suis dans le présent et l’avenir arrivera bien assez tôt.

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A propos de Rémy Verpoutre

Rémy Verpoutre

Né en 1986 de la rencontre entre une goutte de sueur de Fabrice Divert et le regard de Pierre Mankowski, il voue sa vie à tenter de faire classer le SM Caen au patrimoine mondial de l’Humanité.
Intervieweur acharné, il traque et questionne les anciens porteurs du maillot rouge et bleu afin d’entretenir leurs voix dans le Panthéon Malherbiste.

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