29 février 2012

Mercier, mi-Titi, mi-cap’tain Seube

Disons-le tout de suite, Claude Mercier est breton, car c’est bien le seul défaut qu’on pourra trouver à cette icône de Malherbe. Un joueur comme un club n’en connaît qu’une poignée au cours d’un siècle…

Claude Mercier arrive à Caen en décembre 1948, il a alors 23 ans et se trouve être un footballeur pas mal doué balle au pied, capable de jouer aussi bien « inter » que « demi ». Il mesure un mètre 75, un gabarit intéressant pour l’époque. Son pedigree indique quelques saisons au FC Lorient, le club de sa ville natale, sous la direction de Jean Snella notamment, puis, surtout, avec les Girondins de Bordeaux, le temps de son service militaire. Ses performances et son potentiel ne passent pas inaperçus, puisque Mercier est sélectionné en équipe de France militaire puis amateur (c’est lui qui le dit). Pourtant il ne fait pas le choix du professionnalisme.

De son côté, le Stade Malherbe, qui a du abandonner le statut professionnel en 1938, a repris après-guerre les compétitions au plus haut niveau amateur, la Division d’Honneur de Normandie dont il remporte les deux premières éditions. Lorsque le Championnat de France amateur est créé en 1948, sous forme d’une troisième division nationale, le club l’intègre logiquement, ce qui l’amène à se confronter aux redoutables adversaires du groupe Nord puis du groupe Ouest.

Doté d’une technique et d’une vision du jeu supérieures à la moyenne, le nouvel arrivant semble également être habité par un charisme et un caractère notables, puisqu’il est très vite nommé capitaine. Mercier s’impose en fait comme un joueur majeur de l’équipe caennaise, tour à tour milieu droit, meneur de jeu, milieu défensif ou encore libéro lors des matchs difficiles, mais toujours comme capitaine. Une évidence que les nombreux entraîneurs qu’il connaîtra à Caen ne remettront pas en cause. Avec quelques coéquipiers fidèles, le gardien de but René Brandao ou les joueurs de champ Roger Kergal et Gérard Léonce, il forme la colonne vertébrale du Stade Malherbe des années 1950.

En plus, Mercier avait la classe.

À cette époque faut-il le rappeler, le Stade Malherbe est un club amateur, dont les joueurs ne s’entraînent que deux fois par semaine. Comme tous ses coéquipiers, Mercier a donc un travail. En l’occurrence il est revendeur d’automobiles auprès de Robert Chambilly, le père de notre cher Guy, directeur de la régie Renault en Basse-Normandie et président du Stade Malherbe… Le hasard fait bien les choses.

Malgré le CV des entraîneurs recrutés par le club (notamment les anciens internationaux Jules Vandooren, Jean Prouff et André Grillon, venus en tant qu’entraîneur-joueurs), les coéquipiers de Mercier ne parviennent pas à remporter le championnat de CFA, d’autant que le club ne court pas après un retour au professionnalisme. Les Caennais terminent au mieux sur le podium, deuxièmes du groupe Nord en 1951 derrière l’UA Sedan-Torcy, ou troisièmes du groupe Ouest en 1953, à deux petits points du champion Cholet, un de ses principaux rivaux du moment.

Décevante en championnat, la saison 1952-1953 permet cependant aux Caennais de réaliser le premier d’une série d’exploits retentissants en Coupe de France. Le 19 janvier ils affrontent en 32e de finale de la Coupe de France, à Rouen, le Stade de Reims, champion de France en titre, dont la star est le meneur de jeu Raymond Kopa et le capitaine Robert Jonquet, tous deux internationaux français.

Mercier à Jonquet : ce stade sera votre tombeau.

L’entraîneur Jean Prouff imagine un schéma très défensif, au coeur duquel Mercier et lui-même se placent devant la défense, assurant ainsi la solidité de l’équipe. Malherbe tient une heure sans prendre de but, jusqu’à l’ouverture du score rémoise qui semble clore le sort du match. Et pourtant ! L’ailier caennais Allard égalise bientôt puis donne un avantage décisif aux siens en prolongation. Les Normands sont finalement éliminés au tour suivant face à Nice, autre club de l’élite. Trois ans plus tard, rebelote : ils écartent le Racing Club de Paris (3-2), club de D1, à Venoix, puis Alès (1-0), club de D2, avant de s’incliner face au RC Lens en 1/8e de finale, après prolongation.

En 1958, les hommes de Mercier poussent le FC Nantes à disputer cinq rencontres pour se départager : les deux premiers matchs se soldent par des matchs nuls 0-0. Il faut dire que la défense caennaise est alors la plus imperméable du groupe nord du championnat de France amateur – les temps changent. Après avoir contenu les Canaris 120 minutes supplémentaires le 29 décembre, le capitaine malherbiste déclare : « C’est nous qui les aurons à l’usure ». Le quatrième match est arrêté. Las, le cinquième voit finalement les Nantais l’emporter 1-0, après 469 minutes de jeu, un record ! La confrontation s’est étirée du 15 décembre 1957 au 12 janvier, désorganisant la suite de la compétition. Le règlement de la coupe de France est modifié la saison suivante afin de limiter à trois le nombre de rencontres par tour.

1956 : Cap’tain Mercier est le cinquième debout en partant de la gauche.

En 1961 enfin, l’équipe caennaise élimine le RC Lens (2-1 après prolongations) puis l’US Forbach, club de deuxième division (en deux matchs : 2-2, puis 3-2), avant de s’incliner face aux Girondins de Bordeaux en huitième de finale (3-1). Ces différents exploits permettent au club de remporter le « challenge France-Football » récompensant la meilleure équipe amateur en coupe de France en 1956 et 1961.

Sur ces derniers exploits, Mercier prend sa retraite sportive à 34 ans, après douze saisons et demi en équipe première (soit de l’ordre de 300 matchs). Le départ du leader technique et capitaine emblématique malherbiste peine à être compensé, de sorte que l’équipe va être relégué en DH dès l’année suivante, en 1962, puis de nouveau en 1965…

Mercier continue à pratiquer un peu, en équipe de Normandie amateurs dont il devient logiquement le capitaine. Après 18 ans auprès de Robert Chambily, Mercier ouvre une concession Alfa Roméo sur la promenade du fort à Caen, puis passe chez Toyota quelques années plus tard, sur la ZI de la Sphère à Hérouville.

Il vit aujourd’hui des jours heureux de retraité dans les alentours d’Hérouville, si l’on en croit les coupures de Ouest France qui lui sont consacrées. L’histoire ne dit par contre pas s’il suit encore Malherbe et s’il se reconnaît parfois dans certains de ses membres les plus glorieux…

(photos issues de la collection de Louis Grégoire, ancien joueur et président fondateur de l’Amicale des Anciens de Malherbe – merci à supfal pour ses précisions)

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A propos de Hastings

Hastings

Informaticien et spécialiste de la question malherbiste. Sa passion fanatique est une histoire de famille et d'amitié. Sur le terrain, Hastings est tout sauf une danseuse, mais personne ne le sait car il préfère le vélo.

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12 Comments

  • xavi jacob
    2012-03-01 09:18

    Excellent article qui me permet de découvrir ce joueur de légende.
    On peut noter sur la première photo que le père Brandao n’était déjà pas le dernier à avoir le pantalon sur les mollets.

  • 18 cher
    2012-03-01 16:18

    Bravo pour ce genre d’article,qui permet à beaucoup de voir que Malherbe n’est pas né en 1988…
    Je plaisante à peine quand je dis ça…
    D’ailleurs,pour le centenaire,ce joueur devrait être honoré!

  • aveclacravate
    2012-03-01 17:14

    « Excellent article qui me permet de découvrir ce joueur de légende.
    On peut noter sur la première photo que le père Brandao n’était déjà pas le dernier à avoir le pantalon sur les mollets. »

    xavi jacob je t’aime.

  • Jesper
    2012-03-01 17:50

    Excellent article !
    Qui donne envie que « Esprit Malherbe » interviewe cet illustre joueur.

  • Jesper
    2012-03-01 17:51

    Article très intéressant !
    J’espère qu’Esprit Malherbe saura retrouver et interviewer cet illustre joueur.

  • savoune
    2012-03-02 08:06

    merci de me faire découvrir l’avant 88 comme le dit 18cher.
    article tres interessant.

  • DESMEO
    2012-08-27 15:36

    Bonjour,
    Suis supporter du SMC depuis les années 60. J’ai en effet commencé à fréquenter Venoix dans les années 62/63 en tant qu’adolescent. Je suis donc arrivé juste après la période évoquée. A l’époque, j’ai assisté à de nombreux matchs de CFA le dimanche après-midi ( je me souviens des derbys contre Quevilly par exemple avec les Jaussaud et Coste et Lerroulley pour ne citer que ces trois-là). Je puis donc témoigner que l’histoire du SMC ne commence pas qu’en 1988, même si elle a été florissante à partir de cette datee. Une image à partager, un souvenir de mon enfance: je me souviens des cohortes de voitures de supporters équipées du fanion bleu et rouge accroché au rétroviseur à l’occasion de ces fameux matchs de coupe de France des années 50.
    Alors depuis je fais le rêve de récupérer un maillot de cette époque. Le fameux maillot rayé bleu et rouge qui a été conservé jusqu’au début des années 70. Un maillot historique apparemment oublié aujourd’hui aux couleurs exclusivement belles et singulières et dont le maillot actuel, indépendemment des variantes d’une année pour l’autre, ne tient pas la comparaison au niveau de la beauté et de l’authenticité. Tout çà à cause des sponsors à la mémoire courte sans doute mais aussi à cause de la fabrication industrielle; ce qui a fait qu’un jour, nous nous sommes retrouvés avec la copie conforme du maillot de Chatauroux. Merci pour l’étiquette et le respect de la mémoire du club. Un bel hommage à ceux qui avaient justement réalisé en leur temps ces fameux exploits en coupe France avec ce maillot!
    Voilà, je n’en rajoute pas, je pense que vous comprendrez ma démarche.
    Salut à tous.

  • La rédaction
    2012-08-31 13:28

    Je partage entièrement votre opinion sur ce maillot, même si je ne l’ai pas connu. Nous avons eu le privilège de contempler de nombreuses photos, et tout autre maillot ne tient pas la comparaison. Et j’en cherche un moi aussi. Si vous tombez un jour sur un jeu :-).

    Merci de votre intérêt pour notre site.
    Norman Pride

  • HUBIN
    2013-04-15 16:27

    Belle homage à Claude Mercier que j’ai connu comme joueur quand j’étai gamin, mais sur tout comme patron que j’ai eu chez alfa Romeo à Caen. Merci Claude. Joel

  • Papapascal
    2013-09-20 10:43

    Cette photo de la légendaire équipe de 1956 me rajeunit de 57 ans, époque hélas bien lointaine où René Brandao était pour moi une sorte de Dieu vivant!
    Habitant par la suite Evreux, je me souviens être allé assister à un match Evreux AC/ SM Caen en 1959 ou 1960. Je m’étais bien sûr placé juste derrière les buts de René Brandao pour ne pas en perdre une miette. Ce dimanche après-midi avait lieu en même temps au vieux Parc des Princes le choc de titans Racing Paris/Stade de Reims et un spectateur voisin avait apporté un petit poste (à transistors disait-on en ces temps) sur lequel nous pouvions suivre le commentaire de Jacques de Ryswick sur Radio Luxembourg (ou de Fernand Choisel sur Europe n°1).
    Brandao, plus attentif au reportage qu’à son match, faillit se laisser surprendre sur une attaque ébroïcienne et un défenseur de Caen, Makaya je crois, lui a crié: » Mais qu’est-ce-que tu fous? » Et lui de répondre tranquillement: » Eh, j’écoute le match! »
    Tout le monde a rigolé, les joueurs sur le terrain et les spectateurs autour du but qui avaient entendu cet échange.
    Belle époque où le football n’était pas encore une affaire d’État…

  • Benoît Caen
    2013-10-27 10:57

    très belle anecdote !

  • Pascal Perret
    2014-02-22 20:12

    Je n’imaginais pas en racontant cette vieille histoire qu’un mois plus tard le légendaire René Brandao allait nous quitter.
    J’espère seulement qu’il a eu le temps, s’il venait parfois sur ce site, de la lire et de se marrer comme tout le monde s’était marré sur le terrain et derrière son but…
    Bon vent à lui au Paradis des gardiens.

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