Caen – Toulouse, 21 mai 1996, le match du titre

Le contexte

L’équipe du SM Caen est dans le trio de tête de la super D2, comme on l’appelait à l’époque, depuis quasiment le début du championnat. Un passionnant mano a mano a lieu avec l’Olympique de Marseille. Les deux équipes possèdent les deux meilleurs buteurs du championnat :  Franck Priou côté caennais et Tony Cascarino côté marseillais. Le retour en division 1 est acquis pour Caen lors du match à Dunkerque le 10 mai 1996 avec une victoire 1 à 0 et Malherbe reprend du coup la tête du championnat. Caen est sûr de remonter mais peut encore mieux faire et inscrire un nouveau titre de champion – après celui de division 3 en 1974-1975 – à son palmarès. Caen a un avantage par rapport à Marseille : il reçoit deux fois à domicile face à Châteauroux et  Toulouse. Les Marseillais, quant à eux, doivent recevoir Sochaux et se déplacer au Mans.

41ème journée : Caen bat Châteauroux 1-0 grâce à un but de Raphaël Guerreiro. Marseille se défait facilement de Sochaux 4 à 1. La dernière journée est donc décisive pour l’attribution du titre. Caen compte 78 points, Marseille 77. Caen a son destin entre les mains, une simple victoire suffit au bonheur du peuple malherbiste.

Le club met le paquet sur le match, tout est fait pour en faire une grande fête du football. Le speaker du stade, Dominique Mlynarski – qui est aussi le président du tout nouveau club de supporter Malherbe Normandy Kop – décide de colorer le stade aux couleurs rouges et bleues. 10 000 ballons de baudruche sont prévus. De leurs côtés, les supporters de la Brigade Vikings et des Gunners se chargent d’animer la tribune populaire B. Un tifo conjoint est organisé : lettres blanches « SMC » sur fond rouge et bleu en seconde et un damier aux couleurs de Malherbe en populaire. En tribune première, les Gunners ont fait déployer un grand drapeau bleu-blanc-rouge et une banderole « champion » sur fond rouge et bleu. Peu avant le début du match, « ceux du 10 juin 1988 » comme on les appelle (les joueurs ayant participé au match de barrage contre Niort permettant au club d’accéder pour la première fois de son histoire en division 1) jouent un match d’exhibition contre une sélection de joueurs malherbistes de la saison 1983-1984 à partir de 18h. Après ce premier match, ces joueurs sont présentés ou représentés au public qui les acclame. Puis, les joueurs pros arrivent pour l’échauffement, les tribunes sont déjà en ébullition.

Le match
20h ce mardi 21 mai 1996, les joueurs malherbistes font leur entrée sur la pelouse du stade Michel d’Ornano devant 14 285 spectateurs, certains ont teint leurs cheveux en rouge et bleu. L’équipe est composée de Luc Borrelli dans les buts. Une défense à 4 avec Bernard Héréson, Milos Glonek et Stéphane Moreau au centre, ainsi que l’inoxydable Yvan Lebourgeois. Le milieu est composé d’Emmanuel Rival, Raphaël Guerreiro, Stéphane Dedebant et Stéphane Lemarchand. L’attaque est formée du duo Franck Priou et Pascal Vahirua.

Le match commence doucement, mais sûrement, la tribune reprend les chants lancés par les deux groupes, même si ces derniers ne sont pas du tout coordonnés : chacun lance son chant sans se soucier de ce que fait l’autre, c’est à celui qui chantera le plus fort. Le bloc Vikings compte environ 200 personnes tandis que le bloc Gunners compte une bonne centaine de personnes. Les chants les plus repris sont à l’époque « ce soir on vous met le feu » (souvent lancé par les Vikings) et « quand le virage se met à chanter ». Premier coup dur pour les Malherbistes, Emmanuel Rival se blesse à la 21ème minute et il est remplacé par Jean-François Péron. A la 30ème minute, Frank Priou est crocheté dans la surface de réparation. L’arbitre de la rencontre, Mr Leduc, siffle un penalty. Frank Priou transforme le penalty et permet aux Caennais de garder espoir car à quelques centaines de kilomètres de là, Marseille mène au Mans 1-0. A la mi-temps, Caen mène logiquement face aux Toulousains et s’assure de son titre. Le speaker peut annoncer fièrement que, de son côté, Marseille obtient le match nul au Mans qui a égalisé à la 45ème minute !

La seconde mi-temps repart sur les mêmes bases que la première, les Caennais poursuivant les attaques pour se mettre à l’abri. Bernard Héréson est remplacé à la 50ème minute par Stéphane Lièvre. La délivrance arrive à la 64ème minute avec un second but de Franck Priou – sur une passe de Raphaël Guerreiro, qui porte son compteur à 24 buts ! Malgré ce second but, la tension reste palpable autant dans les tribunes que sur le terrain : par l’intermédiaire de la radio, tout le monde sait que Marseille a repris l’avantage au Mans. Les 10 dernières minutes sont donc tendues puis l’euphorie du titre prend le dessus. Les supporters de la tribune populaire B commencent à monter sur les grilles qui les séparent du terrain alors que le match n’est pas encore terminé. Toute la tribune est elle-même debout ! Les ola s’enchaînent, le stade est à la fête. Il reste encore quelques minutes avant la fin du match mais il y a désormais trop de supporters sur les grilles de la populaire B, les premiers sont ainsi obligés de descendre sur la pelouse, juste derrière la ligne d’en but. Des contrôleurs du stade viennent leur demander de ne pas empiéter sur l’aire de jeux afin de ne pas interrompre le match. La consigne est respectée. Par contre, au coup de sifflet final, c’est une marée humaine qui envahit la pelouse. Aucune agressivité de la part des supporters (même envers les joueurs toulousains) mais juste une joie communicative. Les joueurs, de leur côté, rentrent furtivement dans les vestiaires et en ressortent quelques minutes plus tard pour entamer un tour d’honneur en compagnie des supporters qui étaient restés sur la pelouse. Les compagnes et femmes des joueurs sont aussi de la partie et accueillent leurs héros. Peu à peu, les supporters quittent la pelouse car la fête se poursuit en ville. Les joueurs rentrent dans les vestiaires puis dans les salons du stade pour saluer les officiels et les sponsors.

L’après match.

Les supporters quittent le stade mais la fête n’est pas finie pour autant. Il est en effet prévu qu’une estrade soit montée en centre ville pour fêter les héros. Beaucoup de supporters descendent en centre ville par la rue Caponière ; des dizaines et des dizaines de voiture avec les couleurs de Malherbe, klaxonnent à tout va. Tout ce beau monde converge vers la place du théâtre. On estime qu’entre 2 000 et 3 000 personnes étaient présentes sur la place devenue rapidement trop petite. Quelques fumigènes sont allumés, puis les joueurs viennent remercier leurs supporters. Un à un, ils sont appelés sur le podium qui fait face à la foule. Ils remercient les supporters au micro. Luc Borrelli est le joueur le plus applaudi. Le coach Pierre Mankoswki est aussi très applaudi. Malheureusement, c’est sa dernière apparition publique en tant que coach car il est remercié le lendemain. Il est déjà minuit passé, les supporters sont encore sur la place du théâtre mais les joueurs remontent dans leur bus et reprennent la direction du stade. Pour eux aussi, la fête n’est pas encore terminée et ils prennent la direction de la côte pour célébrer entre eux le titre.

1er but de Priou en vidéo

2ème but de Priou en vidéo

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Historien, photographe, passionné de la ville de Caen, de football et des tribunes. Caution à peu près sérieuse de WAM.

2 Comments

  1. Avatar18 cher

    Finalement,il n’y avait qu’un peu plus de 14000 personnes dans le stade…
    Même pour l’époque,ça paraît assez peu…
    Une explication,une théorie(la D2,peu propice aux footix?)?

  2. AvatarBenoît Caen Post author

    L’explication la plus plausible est que le match se déroule un mardi soir à 20h. Mais l’affluence moyenne cette saison là n’est pas très forte (10 406), ce match est la deuxième affluence de la saison (derrière Marseille du mois d’août 1995 devant 19 008 spectateurs).

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