D’Ornano, cathédrale de Notre-Drame (1/4)

Et voilà, nous y sommes! La catastrophe, souvent annoncée, longtemps repoussée, survint finalement au terme d’une campagne 2018/2019 aux abonnés absents. Non, il ne s’agit bien sûr pas d’évoquer la victoire d’un rassemblement national aussi haut de France que bas du Front, mais bien le terrible échec du Stade Malherbe à l’issue d’une saison désastreuse sur tous les plans. Oh, bien sûr, quelques parallèles douteux peuvent mettre en relation les deux événements : ainsi, le rassemblement de la Normandie en Ligue 2 aura lieu sur le plan national après que l’équipe, jouant en marche le plus souvent avec de nombreux joueurs verts à ce niveau, confondant souvent dans ses orientations sa droite et sa gauche, n’ait vaguement pu compter que sur la forme de ses libéros (et d’un gardien suprenant, certes). Les Malherbistes se sont donc réveillés comme tous les Français, incrédules devant leur avenir, s’écriant tour à tour « Ciel! » et « Marine! ».

Depuis le temps que la maison brûle, nombreux sont ceux qui crient « AU FEU! » mais rares sont les pompiers n’étant pas pyromanes. Ce n’est pas la première fin de saison décevante, épilogue de nombreuses autres à rebondissements, où les jeux de pouvoir pour le trône défaire eurent pour conséquence de consumer les espoirs d’une ville tout entière. Maintenant que le Nord est perdu puisque l’on ne se garde d’ennuis, il ne s’agit plus de sauver les meubles mais bien de reconstruire sur les ruines fumantes issues des guerres intestines, le reste n’est que fantasy. La maison brûle, victime de la fumisterie des uns comme de la folie des glandeurs. Nul risque pour les observateurs d’une contamination au plomb qui a cruellement manqué dans la cervelle de chacun. D’Ornano s’éteint comme un froid monument et ne sera pas rebâti en cinq ans.

S’il est difficile de tirer d’ores et déjà un bilan de l’affrontement médéfal des grandes maisons malherbistes, entre Les Maîtres Laitiers du Cotentin, Récréa, Intersport, SD2P ou encore AB Productions, d’autant plus qu’il se poursuit en ces heures sombres, peut-être nous est-il possible de trouver un point d’origine au désastre. Sans certitude aucune et avec toutes les précautions d’usage, il semble que l’affaire du match Caen-Nîmes du 13 mai 2014 a tout du pêché originel. Il est inutile de rappeler les faits et de verser des larmes de crocodile sur le sort des différents protagonistes, néanmoins se souvenir des conditions de l’accession de Malherbe en Ligue 1 peut aider à comprendre les conditions indignes de sa relégation future. Depuis ce sinistre jour, et quelle que soit la réalité du rôle de chacun dans cette histoire, l’image du club a été durablement ternie et son fonctionnement pour le moins mouvementé.

Les mots choisis par son propre camp peuvent être fatalement ambigus. Il n’y en a qu’un, Jean-François Fortin, à d’Ornano c’est le parrain, chantait le MNK. Nommer ainsi l’emblématique ancien président du Stade Malherbe revenait, en un seul mot, à énoncer tous les griefs qui aboutiront à creuser la tombe de ses ambitions. Il ne s’agit pas ici d’apprendre à des barons… pardon, des chefs d’entreprises florissantes comment gérer les affaires mais bien de constater les dégâts d’une spirale négative qui eut un élément déclencheur. Il semble que rien ne fut plus jamais pareil suite à ce match. L’image du Président et du club fut écornée, son autorité remise en question. La réaction autoritaire de l’un ayant pour conséquence la défiance, puis à la révolte des autres jusqu’au retour de bâton. Ce fut, bizarrement, une réaction certainement saine pour l’avenir du club.

Les dirigeants actuels ont bon dos. L’amateurisme et le manque de préparation caractérisant leur action depuis la prise de pouvoir montre que le putsch n’était probablement pas une option immédiatement envisagée mais bien précipitée par les acteurs des deux camps. Le mercato de l’été dernier vint couronner une intersaison passée au royaume de l’absurde avec un recrutement illisible digne d’un club des bas-fonds de Premier League (Bammou pour 3 millions d’euros!), mais également les retours de flamme vite à bout de souffle (Fajr, Oniangué) et le choix d’un entraîneur novice à ce niveau, devant justement apporter une bouffée d’oxygène, mis l’hiver venu sous tutelle du plus vieux des vieux de la vieille.

Tous les ingrédients du drame à venir étaient donc réunis, identifiés et bien compris par l’ensemble de la Malherbie. L’absence totale de fond de jeu, récurrente depuis plusieurs saisons, auparavant compensée par des maintiens miraculeux face à un géant endormi, ne serait cette fois pas occultée par l’exploit d’un héros. Rien ne viendrait sauver le club qui allait payer ses mauvais calculs. Au diable la professionnalisation, les efforts d’investissement, la promesse de nouvelles ambitions et d’une gestion saine et prometteuse des finances du club. Changement de cap pour Malherbe 2020, direction la Ligue 2.

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Adepte du passement de genre (littéraire) comme des phrases de transition, c'est avec un solide jeu de mots qu'il tentera de vous emporter dans son esprit tourmenté d'exilé.