21 mars 2018

La Horde du ContreCaen

Malherbe est le seul club portant le nom d’un poète, cela fut maintes fois dit et répété. S’attendait-on cependant à ce que ce soit la seule équipe inspirée par un écrivain?

Au-delà de la situation au classement de la Ligue 1 et du nombre de points obtenus, tout acteur rouge et bleu, joueur, dirigeant, commentateur ou supporter, vit une période étrange durant laquelle le dénouement, parfois heureux, vient contrebalancer un scénario inévitablement triste et ennuyeux. Qu’il est difficile d’avoir la bonne lecture des événements! Admirez plutôt la réaction de Frédéric Guilbert après le match face à Strasbourg qui le vit pourtant marquer son premier but en pro : « Mais le match était moche, sur un terrain compliqué en plus, où c’est dur de créer du jeu. Les deux équipes avaient des systèmes assez défensifs. Alors, on repart avec les trois points, c’est bien. »

Il y aurait donc deux responsables au faible spectacle proposé : la qualité du terrain et un système de jeu défensif. Au regard du dernier match, on pourrait tout autant pointer du doigt l’inefficacité de nos attaquants à force de vent d’Angers. Avant de proposer une toute nouvelle interprétation des événements, prenons quelques minutes pour écouter StatMalherbe qui, lors de son premier passage au micro de WAM L’Emission, éclairait l’auditeur de Radio Phénix sur le projet de jeu mis en place par le coach Patrice Garande.

Ainsi, le responsable tout trouvé de ce marasme footballistique, l’entraîneur évidemment, aurait plus d’un tour dans son sac et aurait mis toute sa compétence au service d’une mise en scène imparable régulièrement sapée par quelques piètres acteurs. Sait-on tout cependant de l’inefficacité de certains lorsque d’autres surperforment? A-t-on tout compris de Garande si l’on n’étend notre grille de lecture au monde de la culture?

En réalité sommeille chez le coach un lecteur assidu, un amoureux du verbe et des univers fantastiques. A ses heures perdues, lorsque le football ne lui suffit plus, Patrice Garande ouvre un livre, toujours le même, de son auteur favori : Alain Damasio. Les faits sont là pour expliquer les propos de Guilbert : Patoche a fait du terrain une bande de contre et de son équipe une horde, la 35e Horde. Celle-ci ne lutte pas contre le vent mais contre elle-même, ni pour rejoindre l’extrême-amont mais pour ne pas descendre. Son nom est la Horde du ContreCaen!

La voici chaque week-end en action pour vos regards ébahis, vous, spectateurs privilégiés d’une révolution de la plume et du crayon au royaume du marqueur et de la craie. Cette Horde évolue bien évidemment dans divers schémas et, bien qu’on lui connaisse une propension à évoluer en 3-5-2, sa signature est la suivante :

Δ
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π               )-
~    ¬

∞    >   >   ∞

x

Ω
^ ´, ˇ• (.) <> ∫ ◊ ∂ ≈ √ ]]

Cette équipe, cette horde en réalité, est bâtie pour la Trace directe, sans chichi, conçue pour plier mais ne pas rompre et exploiter avec fulgurance les quelques opportunités de contre. Elle ne comprend aucun scribe car bien des observateurs écrivent son histoire et son personnage principal n’est pas sur le terrain mais juste à son bord, beuglant consignes et encouragements.

Admirez plutôt Malherbistes de tous poils, que vous soyez obliques, fréoles ou tourangeaux, racleurs d’Alticcio, Stylites ou membres de la Poursuite, voyez défiler sous une lumière nouvelle les fameux artisans du Contre, la 35e Horde formée dans les profondeurs d’Aberlaas-Venoix  sous le regard savant et bienveillant du grand maître Jean-François « Te Jerkka » Fortin :

Ω Patrice Garande, traceur : Il est celui qui définit la Trace, se place en première ligne et prend toute la pression. Un profil de brute, loyal et protecteur envers ses plus fidèles lieutenants, sans aucune finesse et destructeur à l’égard de quiconque ne suit pas le mouvement. Qui d’autre que le coach peut mieux incarner l’héroïsme rageur du Golgoth?

x Rémy Vercoutre, aéromaître : Personnage secondaire, presque mineur au début de l’intrigue prenant de l’épaisseur jusqu’à se révéler indispensable et au cœur de l’histoire, Rémy Vercoutre, en digne héritier d’Oroshi Melicerte, se bonifie avec le temps, semblant soudain doué de prescience et d’un réel talent lui permettant d’assumer sur le terrain la place de leader qu’il avait sur le banc.

Adama M’Bengue et Frédéric Guilbert, ailiers : Infatigables et inlassables, heureux de jouer et débouler pour abreuver leurs coéquipiers, ces deux-là assurent l’équilibre du tout, tant par leur abatage si précieux que par leur état d’esprit irréprochable. Si, à la différence de Horst et Karst Dubkac, ces deux-là ne sont pas jumeaux, ils n’en sont pas moins de fameux duettistes.

 > Damien Da Silva et Alexander Djiku, piliers : Il fallait une innovation tactique pour identifier la 35e horde, son traceur lui a conféré deux piliers. Massifs et techniques tel Firost de toroge, socle inébranlable à partir duquel se déploie le Contre, le tandem ne laisse rien passer, assure les arrières en cas de difficulté et admet parfois une jeune voie par nécessité. Un pilier ça va, deux piliers ça va, trois piliers…

~ Youssef Ait Benasser, feuleur : Allumer le feu est un art, faire un testament également. Tel Callirhoé Déicoon, YAB est capable de créer l’étincelle dans un froid polaire ou d’entretenir la flamme sous une pluie diluvienne. Aussi kabyle du pied droit que du pied gauche, la rockstar est un incendie, un brasier dans lequel bien des carrières ont péri. Un jour il va partir, faut se faire à l’idée.

¬ Stef Peeters, géomaître : Il en a fallu du temps, pour qu’il ait voix au chapitre. Comme son modèle Talweg Arcippé, le Belge a le compas dans l’œil, qu’il s’agisse de transversales ou de coups de pieds arrêtés. Il semble évaluer la distance avec facilité et comprendre d’emblée la trajectoire pour au mieux l’effacer. Du reste, sa carrure frêle et sa timidité ne lui permettent guère pour l’instant de voir son rôle évoluer.

π Julien Féret, prince : Chaque horde comprend un prince, un capitaine, un héros dont la noblesse ne permet pas de s’accomplir à l’homme qu’il est. Juju Féret est de cette trempe, un Pietro Della Rocca ne rechignant jamais à la basse besogne, au rôle ingrat lorsque son talent démesuré devrait le propulser comme personnage principal. Il n’a jamais passé ce cap, Féret.

)- Timo Stavitski ou Jan Repas, éclaireurs : Ils courent, gambadent, crochètent, tombent, se rélèvent et balisent alternativement la Trace pour leurs partenaires. Ces deux-là parlent leur propre langage, incompris des autres si ce n’est par leur expression footballistique. Ils partent devant, s’enhardissent, s’égarent et reviennent rendre compte des dangers encourus. Des braves parmi les braves, les lointains enfants d’Arval Redhamaj.

¿´ Ronny Rodelin, troubadour : Autochrone, autochronny rôde là, rôde loin, le double R peine à se rassembler tant il en brasse justement, jamais là, toujours présent, peu vif en apparence bien que dans le bon mouvement, joueur, buteur, conteur d’histoires à dormir debout comme un maintien au Parc des Princes, Poursuiteur repenti, troubadour trouble-fête à multiples casquettes, Caracole cas d’école.

Δ Ivan Santini ou Enzo Crivelli, combattants-protecteurs : Distribuer des coups, foncer dans la trace directe, protéger les coéquipiers, développer des tactiques secrètes illisibles pour les adversaires, asséner le coup de grâce, ne pas ménager ses efforts. Erg Machaon les a formés pour ça, à l’avant-garde, pour faire le ménage dans le camp adverse. Distribuer des coups, etc…

Et aussi :

(.) Ismaël Diomandé, soigneuse : Pas le préféré du Golgoth, Diomandé s’est révélé dans le rôle inattendu d’Alme Capys, celui du panseur de plaies avec ce but salvateur en coupe et cette passe décisive pour Fred Guilbert qui firent tant de bien à nos petits cœurs. Bon, en contrepartie, il nous fait mal parfois. Souvent, en fait.

Brice Samba, braconnier du ciel : Il fallait le voir lors de la séance de tirs au buts face à Metz attraper magistralement tout ballon arrivant à sa portée. Brice Samba est Larco Scarsa, braconnier du ciel!

Baïssama Sankoh, artisan du métal : Si l’on fait appel à lui, il croisera le fer avec un moral d’acier. Sinon, à l’image de Léarch, il ne se manifestera que par quelques interventions mineures lors de seconds rôles anodins.

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