14 mai 2017

Nicolas Seube, l’interview Héroïque.

They Are Malherbe vous propose de retrouver les anciens porteurs du maillot rouge et bleu, pour des entretiens à cœur ouvert et pour que dure encore un peu l’histoire. Aujourd’hui c’est le capitaine emblématique et héroïque du Stade Malherbe de Caen qui vient nous voir, à la veille d’un match crucial pour la survie du club mais aussi au crépuscule de sa carrière de joueur.

Bonjour Nicolas, à l’approche de la fin de saison et surtout à l’approche du moment où tu vas raccrocher les crampons, que ressens-tu ?

Beaucoup de choses à la fois : c’est bizarre comme sentiment et c’est un moment très particulier à vivre. Je l’attendais mais je l’aurais voulu différent, déjà parce que je suis blessé mais surtout vis-à-vis du club…Je veux dire on n’est pas sauvé et on ne me parle que de ma « fin » de carrière, ça me gêne. Pour être honnête, je l’espérais autrement : là on me met en avant alors qu’on est en danger et ça m’emmerde.

Est-ce que tu appréhendes ta fin de carrière sportive, souvent vécue par les sportifs de hauts niveaux comme une petite mort ?

(Silence) On s’y fait…Et je vais même te dire qu’on s’y est fait, car j’inclus ma famille et notamment ma femme. On a tenté de préparer les choses au mieux, après il y a forcément des choses qui vont me manquer. (Silence) C’est clair que le fait de ne pas me lever chaque matin pour aller jouer au foot ça ne va pas me manquer…En revanche la compétition, l’adrénaline et ces sensations vont cruellement me manquer c’est clair.

Mais je suis prêt, j’ai fait le tour de la question et je suis serein. C’est moi qui décide et je serai resté aux manettes jusqu’au bout.

As-tu mené un projet de reconversion particulier, que ce soit dans ou en dehors du foot ?

Oui j’ai des projets mais uniquement dans le foot, car même si ma femme travaille dans le commerce… (Silence) On va pas se mentir, hors du foot je suis paumé…Je serais bien incapable de me lancer dans le monde de l’entreprise, c’est un monde dont je ne maitrise ni les codes ni les usages, (rire) je paye mon manque d’expérience dans la « vraie » vie. Ce que je maîtrise le mieux c’est le football et heureusement pour moi, j’ai la chance de pouvoir rester au club, tout n’est pas encore défini mais j’ai au moins cette certitude.

Au club depuis 2001, que tu le veuilles ou non, tu incarnes ses valeurs et son histoire. Toi qui as vu beaucoup de joueurs arriver, les as-tu sentis soucieux de découvrir cette histoire et ces valeurs ?

Je dirais que pour les jeunes joueurs issus du centre de formation c’est plus facile car ils baignent dedans, et les éducateurs et formateurs transmettent ces valeurs. Pour les joueurs venant de l’extérieur c’est moins évident mais de toute façon ils n’ont pas le choix. L’identité du club est forte et ils doivent s’y faire.

T’a-t-on demandé de transmettre ces valeurs ?

L’identité du club oui, mais la fierté du maillot, la fierté des couleurs et de cette région on ne me l’a jamais demandé…Mais c’est tellement logique pour moi. Mais c’est pareil pour les éducateurs du club, ils font un boulot formidable et ça se voit avec les résultats des minots, quand on voit les U11 par exemple !

Quel regard portes-tu sur l’évolution du club de 2001 à 2017 ?

Le club a évolué clairement, (silence) surtout ces dernières années. Je veux dire matériellement c’est du haut niveau, le club bénéficie de supers équipements, avec des terrains synthétiques, des terrains couverts, des pistes de courses, un centre de formation moderne et un stade rénové avec une identité visuelle clairement affichée.  (Rire) Quand je suis arrivé, le centre de formation c’était une vieille maison derrière le stade Venoix, et on avait deux terrains en piteux état !

Après c’est clair que la structure générale du club actuellement est certainement moins familiale que quand je suis arrivé, mais elle est aussi beaucoup plus professionnelle.

Maintenant que tu te projettes dans d’autres avenir que celui de joueur, comme coach ou directeur sportif, quels sont tes modèles ?

D’abord il faut savoir que les gens qu’on voit à la télé ne sont pas vraiment tel qu’on veut nous les montrer. La plupart se créent des images, ils se blindent et essayent de se protéger des critiques et aussi de la presse. Difficile d’avoir en modèles des gens qui ne sont pas vraiment eux, et en même temps je les comprends quand tu vois comment la presse peut t’encenser un jour et te détruire le lendemain, mais c’est comme ça.

Et avant d’avoir des modèles, il me faut surtout avoir mes diplômes d’entraîneur. Je serais bien incapable de prendre la place de quelqu’un sans le mériter, et ça passe par des diplômes.

 

C’est quoi le schéma tactique préféré du coach Nicolas Seube ?

Facile ! Pour moi c’est le 4-1-4-1 : c’est le système qui quadrille le mieux le terrain, il est adaptable et convient à toutes les situations. Le foot se passe et se gagne dans l’axe, et le but ne se déplacera jamais.

En dehors de Caen quelles équipes apprécies-tu ?

Je suis un aficionado du football espagnol et évidemment Barcelone et Madrid me plaisent beaucoup, mais je ne trancherai pas : ce sont deux équipes magnifiques, un point c’est tout. J’adore la ville de Barcelone et ma mère est de Madrid, donc je ne choisirai pas.

Contre Rennes tu y crois ?

Oui j’y crois, avant Toulouse personne n’y croyait, et pourtant on l’a fait. Et à chaque fois que les équipes adverses ont eu l’occasion de profiter de nos faux pas, elles ne l’ont pas fait. Même si cette saison a été pourrie, je le sens bien.

Comment expliques-tu cette saison pourrie ?

(Silence) Il y a plusieurs choses, on a été défaillant au niveau des latéraux avec l’absence récurrente de Manu (Imorou) et le fait qu’on ait eu du mal à remplacer le départ de Denis Appiah. Et puis les cadres, les anciens dont je fais partie on a tous été moins performants.

On a aussi changé de profil d’attaquant avec l’arrivé d’Ivan (Santini), et quand je vois sa saison je me dis que j’aurais adoré le voir évoluer avec Andy Delort, car c’est un putain de buteur. Mais quand on regarde au final, on a réussi à s’adapter à ce changement de profil, et surtout Ivan a marqué plus de buts qu’Andy…avec une équipe en bois en plus (rire).

D’après toi qui sera notre héros après ton départ ?

Le Stade Malherbe !!! (Rire) C’est lui notre héros, et à vie, nous on est que de passage !

Pour ta presque dernière interview en tant que joueur, pour WAM et pour tous les supporters du club, qu’aurais-tu à nous dire ?

Merci. Merci pour tout, (Silence) et j’espère pouvoir tous les remercier dimanche, merci pour moi et surtout merci pour le club, car on oublie trop souvent de le dire mais c’est super important d’avoir un bon groupe de supporters et ceux de Caen sont super. Ils ont toujours été incroyablement gentils avec moi, même quand j’étais mauvais. Surtout continuez d’être derrière ce club, (silence) continuez à le faire grandir, transmettez le à vos enfants, à vos neveux, à vos nièces…continuez à porter des maillots et des écharpes ! Car un club c’est comme des valeurs ça se transmet !

 

Partager :
Tags:

A propos de Rémy Verpoutre

Rémy Verpoutre

Né en 1986 de la rencontre entre une goutte de sueur de Fabrice Divert et le regard de Pierre Mankowski, il voue sa vie à tenter de faire classer le SM Caen au patrimoine mondial de l’Humanité. Intervieweur acharné, il traque et questionne les anciens porteurs du maillot rouge et bleu afin d’entretenir leurs voix dans le Panthéon Malherbiste.

  • Email