14 mai 2016

Jean-François Fortin : les hommes du président

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They Are Malherbe vous propose de retrouver ceux qui ont fait l’histoire du Stade Malherbe Caen pour des entretiens à cœur ouvert. Aujourd’hui c’est le président Fortin qui se prête au jeu.

Notre JFF, Jean-François Forever. Photo: Ouest-France.

Notre JFF, Jean-François Forever. Photo: Ouest-France.

 

Depuis quand et comment êtes-vous arrivé dans la région ?

Je suis arrivé dans la région pour des raisons professionnelles, lorsque j’ai attaqué mon activité dans le domaine du lait. A l’époque, j’ai reçu un coup de téléphone de gens qui me connaissaient alors que moi pas du tout. Ils avaient un projet à lancer, on s’est rencontré et ça a collé. C’était il y a 36 ans maintenant.

Depuis quand suivez-vous le football ?

Je suis le foot depuis que je suis môme et dans les Deux-Sèvres c’était le sport roi ! J’ai joué un petit peu à mon niveau (rire) j’étais milieu et je suis gaucher, mais j’ai vite arrêté tout en sachant que je ne serais jamais pro. Mais en tant que papa, j’ai une carrière de dirigeant amateur (au club de Valognes). En effet, j’ai deux fils : un que le football n’intéresse absolument pas, et l’autre qui est un vrai mordu. Du coup, je me suis investi en tant que père dans ce club, j’y ai connu les difficultés de diriger un club, y compris à petit niveau. Le plus drôle c’est qu’à l’époque je me posais la question de savoir comment on pouvait diriger un club pro… (rire) Maintenant, je sais.

Petit quelle équipe supportiez-vous ? Quelles ont été vos idoles footballistiques ?

Dans ma campagne on n’avait pas trop le choix à l’époque (rire), on était à mi-chemin entre Nantes et Angers, du coup que c’est tout naturellement que je me suis mis à supporter ces deux clubs. Quand j’avais de bonnes notes à l’école, on m’emmenait voir le match d’une des deux équipes, et le graal c’est quand on m’emmenait voir Angers-Nantes ou Nantes-Angers.  Après, mes idoles, sans surprise ça a été le grand Nantes : ils pouvaient presque jouer avec un bandeau sur les yeux tellement ils se connaissaient.

Hormis cela, l’épopée des verts ne m’a pas laissé indifférent, même si j’étais un peu plus grand donc j’avais dépassé le stade de l’idole. En revanche, mon fils lui était un grand fan des verts… J’ai une anecdote à ce sujet : au catéchisme, le curé lui demande « quelle est ton idole ? », mon fils lui répond du tac au tac « Rocheteau » ! Je vous laisse imaginer la tête du prêtre… Un tantinet déçu !

15 ans de présidence, auxquelles on peut rajouter d’autres années en tant qu’actionnaire…vous êtes certainement un des plus anciens président de l’élite en activité. De plus vous êtes je crois la plus longue présidence de l’histoire du SM Caen, c’est une fierté j’imagine ?

Non je n’en fais pas une fierté, je dois tellement à Guy Chambily qui m’a permis de vivre ce dont je rêvais. Je suis surtout heureux d’avoir rencontré tant de gens, en bien comme en mal. Le foot est une mini société, et à l’image de la société on trouve aussi des mecs biens, et c’est ça que je voudrais retenir.

Vous avez un rôle de plus en plus important au sein de la LFP (élu au bureau). De cette vigie, comment voyez-vous le foot français ?

Dernièrement mes collègues m’ont honoré en me missionnant avec d’autres présidents pour proposer une solution à la mini guérilla qui opposait la Ligue 1 et la Ligue 2.  Dans ce groupe restreint j’étais entouré de Jean Claude Blanc (directeur général du PSG), Michel Seydoux (président du LOSC) et René Ruello (président du Stade Rennais). Ces rôles de « sages » qui nous ont été confiés, sont un peu une reconnaissance de la part de nos pairs.

Je pense que le football Français sort gagnant de ce consensus entre les deux Ligues, et puis l’arrivée d’investisseurs dans le championnat (PSG et Monaco) ne peut être qu’une bonne chose pour l’attractivité, et donc pour les droits TV. Ainsi c’est tout le monde qui est gagnant.

Avec quels autres dirigeants de L1 appréciez-vous échanger ?

(Rire) C’est très vache ça comme question, ça peut sous-entendre que les autres sont sans intérêt ! Mais ceux avec qui je discute le plus souvent, sont ceux avec qui je m’entends le mieux et sans surprise il y a Bernard Caïazzo en tant que président du syndicat des clubs de L1, Vincent Labrune avec qui le courant passe bien, Saïd Chabane (le président du SCO Angers)… Laurent Nicolin aussi, que je n’ai pas souvent au téléphone mais qui est quelqu’un que j’aime beaucoup. Enfin voilà, pour des raisons diverses ce sont tous des gens que j’apprécie.

Le regard des autres dirigeants sur le SMC a-t-il changé ?

Dire que le regard des présidents a changé c’est peut être exagéré, en revanche depuis quelques années ils suivent l’évolution du club, car il évolue et dans le bon sens je crois. Et il existe une reconnaissance naturelle envers le Stade Malherbe, dans le sens ou le club n’a jamais eu de problèmes financiers, de sécurité…du coup nous sommes plus près du 17/20 que du 5/20.

Quels clubs sont plus près du 5/20 ?

(Rire) Il y en a mais je ne dirai rien.

Vous êtes connu comme président de club mais vous dirigez un grand groupe industriel, qu’est-ce que vous appris dans le foot à faire valoir aux maîtres laitiers ?

La particularité du groupe des Maîtres-Laitiers c’est que c’est un groupe coopératif, qui regroupe des producteurs, des salariés, beaucoup d’acteurs unis dans un même objectif. C’est un combat d’hommes, et c’est en ça que je trouve une similitude entre les deux mondes, la force du collectif.

Au football avec de l’argent vous pouvez acheter le meilleur 9 du monde, puis le meilleur 10 et ainsi de suite…ce n’est pas pour autant que l’équipe alignera les résultats. Rien ne vaut un bon collectif. Et c’est ce qu’on essaye de faire à Malherbe, on n’a pas les meilleurs joueurs du monde, mais on a un groupe solidaire, fort et uni.

Votre meilleur souvenir ?

(Soupir) Même si c’est une défaite je dirais la Finale de la Coupe de la Ligue en 2005, car je n’ai jamais vu une telle mobilisation et un tel engouement autour du club. Les gens ont rêvé et en ça j’en garde un souvenir extraordinaire.

Votre pire souvenir ?

(Silence) Sur un plan sportif, l’échec d’Istres en 2004/2005… (Silence) c’était terrible.  Après le match j’ai vu beaucoup de monde en larmes et la déception était à la hauteur des espoirs que nous avions mis dans cette fin de saison.

Un joueur que vous avez regretté avoir recruté ? Et au contraire un autre que vous regretté ne pas avoir pu faire venir ?

Je ne saurais dire… Il y a toujours des joueurs qu’on recrute et qui ne donnent pas satisfaction, mais à qui la faute ? Si on recrute un joueur qui a marqué 15 buts la saison précédente, et qu’il ne marque que 2 buts ce n’est pas forcément que sa faute ! Qui lui fait des passes ? Qui le prépare ? Qui a décidé son transfert ? On oublie trop souvent tout le monde autour et on stigmatise l’individu, c’est humain mais pas forcément justifié.

Tous les ans, on a une liste de joueurs qu’on peut recruter et on voit en fonction de nos besoins et de nos possibilités. Mais je n’ai pas de regret particulier, on peut toujours rêver (rire) mais quand le joueur vous demande un salaire équivalent au budget annuel du club… Le rêve s’effondre (rire).

En novembre dernier vous vous disiez encore marqué par ce qui vous est arrivé suite aux accusations de matchs truqués après Caen-Nîmes. Vous disiez aussi : « j’ai toujours en tête que j’en suis arrivé là par l’action de certaines personnes. Une fois que tout sera définitivement clos, je les rencontrerai, pour leur dire ce que je pense profondément. » Ça donne quoi ?

(Silence) Si je vous dis que j’ai tourné la page ce serait un mensonge mais ça s’estompe peu à peu. Et même si j’ai été blanchi par les instances du football Français, ce n’est pas encore terminé avec la justice, je ne peux donc pas vous répondre précisément. En revanche je ne changerais pas une virgule à cette phrase, et dès que cette affaire sera réglée, j’irai régler les miennes.

Combien de temps vous voyez vous encore à la tête du club ?

(Rire) Encore 15 ans ! (Rire) Non, je ne sais pas et en plus ça ne dépend pas de moi.

Avez-vous une idée de qui vous succédera ? Nicolas Seube ?

Nicolas ? (Rire) Non pas à ce poste là… Du moins pas tout de suite ! Je veux et j’espère qu’il reste dans le futur, ce serait mérité. Il n’y a qu’à voir la ferveur du public à chacune de ses sorties, c’est juste incroyable ! Sinon je ne sais pas qui me succédera.

Un mot pour tous les supporters du club ?

Le président que je suis ne peut que se féliciter de la fidélité de notre public, cet attachement me fait toujours chaud au cœur. Si je pouvais souhaiter quelque chose ce serait que le public soit plus supporter que spectateur, car parfois on entend quelques sifflets et ce n’est pas forcément justifié. Je pense notamment à Ronny Rodelin qui fait une super saison et qui ne mérite pas du tout ce traitement. Heureusement ce n’est qu’une toute petite partie du public, mais il faut que tous prennent conscience du rôle important qu’ils jouent auprès des joueurs, le 12ème homme ce n’est pas une légende !

En tout cas je les remercie du fond du cœur, le public Normand est un public de connaisseur qui porte haut les valeurs du Stade Malherbe.

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A propos de Rémy Verpoutre

Rémy Verpoutre

Né en 1986 de la rencontre entre une goutte de sueur de Fabrice Divert et le regard de Pierre Mankowski, il voue sa vie à tenter de faire classer le SM Caen au patrimoine mondial de l’Humanité. Intervieweur acharné, il traque et questionne les anciens porteurs du maillot rouge et bleu afin d’entretenir leurs voix dans le Panthéon Malherbiste.

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