Lettre à Jérémy Sorbon

Jérémy. Jérèm. Djé,

Depuis dimanche soir, j’ai de la peine. J’ai mal, je souffre.
Je dors mal, je perds l’appétit. J’ai même enchaîné un bodypump et un RPM mardi, tellement j’ai besoin d’évacuer. (Tu me diras, ça ne peut pas me faire de mal, tu auras raison, mais je t’enverrai quand même sur les roses).
J’ai même dû aller chez la Caencaneuse en urgence cherche une barrette de lexomil.

Pourquoi.
Pourquoi nous as-tu fait ça ? Toi ? Le joueur de foot le plus fidèle que je connaisse ?
(bon en même temps je ne connais que toi personnellement, c’est vrai que ça me facilite la tâche).

Je t’aimais, Jérémy, putain.
Parfois même j’exilais mes peurs en rouge et noir, quand nous subissions une défaite à Malherbe, secrètement, j’allais regarder ce que vous aviez fait, et si vous aviez gagné, je me réjouissais de votre victoire.

C’est terrible, parce qu’en plus, j’ai l’impression d’avoir perdu mon meilleur ami, tu sais, celui en lequel tu avais entière confiance, celui sur qui tu peux te reposer quand tu es triste, celui qui partage tes peines, qui te remonte le moral. Une sorte de psy, quoi, mais en gratuit.

On avait une relation basée sur la confiance, toi et moi.
Tu ne sais pas tacler ? Jamais je ne l’ai dit, à PERSONNE. Tous ces petits détails, je les gardais pour moi, tout comme tu n’as jamais dit à personne que j’avais déjà essayé un maillot Patrick.

On partageait tellement, toi et moi. Enfin surtout moi avec toi. Quand je te regardais à la télé.

Et puis dimanche, tu as marqué un but. Le but de la honte, de la trahison, du mépris.
Celui de la rupture. il était NUL, ton but.

Je veux dire, on ne peut pas dire que ta carrière soit auréolée de nombreux buts en L1, enfin je veux dire les vrais, ceux que tu marques dans le camp adverse.
A moins que… JE VIENS DE COMPRENDRE !! Tu pensais que tu jouais avec Caen c’est ça ? Tu pensais juste défendre devant ton but et bim ! une erreur défensive tu marques contre ton camp ? C’est ça en fait ? TU AS MARQUÉ CONTRE TON CAMP ? Que dis-je, ton Caen ?

Je ne te pardonne pas pour autant.
J’ai entamé une période de bouderie, il est encore trop tôt pour l’arrêter, c’est bon pour prévenir les rides, je vais avoir 28 ans tu sais, il faut que je commence à prendre soin de moi.

Reviens-vite. Tu me manques. Avec Manu Imorou c’est pas pareil, il est tout le temps blessé.

Jenny.

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Arrivée ici comme lorsqu'on me choisissait à l'UNSS pour l'équipe de Hand. En dernier. Je suis le bacon grillé de ton burger, la poubelle jaune de ton plastique, la grosse-caisse de ta fanfare, les larges rayures rouges sur ton maillot de Malherbe... Tu peux faire sans, mais c'est vachement mieux avec.